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ce cachot, car ce ne peut être qu’une femme, bien plus, une jeune fille, une fille du peuple, innocente, vertueuse, un visage de vierge, un regard d’ange, blonde, frêle, appelant sa mère; là même, sous cette voûte sombre, elle a été immolée après avoir assouvi la brutale passion de ses bourreaux. L’enquête fut ouverte, c’est à ne pas le croire. On désigna des experts qui firent l’analyse chimique du sang dont la muraille était tachée. Le Journal officiel de la commune daigna rassurer la population : « L’expertise a démontré que ce sang était tout simplement du sang de porc et de veau ; mais ce qu’il y a de particulièrement curieux, c’est que, d’après les constatations légales, ces traces ne remonteraient pas au delà du mois de janvier dernier. D’où il résulte qu’à l’époque où la canaille de Belleville mourait de faim, on tuait le veau gras pour ces messieurs du 4 septembre. » C’était une déconvenue; beaucoup de braves fédérés s’imaginèrent qu’on avait voulu les tromper, et que le gouvernement de l’Hôtel de Ville trahissait. Ils eurent cependant lieu de croire encore à la pureté des opinions des membres de la commune en lisant dans le même numéro (20 avril) du Journal officiel l’entrefilet suivant qui est donné sous la rubrique du Reynold’s Weekly : « C’est avec une joie sincère que nous annonçons que l’enfant nouveau-né du prince et de la princesse de Galles est mort quelques heures après sa naissance, et qu’ainsi la classe ouvrière n’aura pas à entretenir un mendiant de plus. » Le Journal officiel était alors rédigé par Charles Longuet, qui, le 13 mai, se retira devant Vésinier. On ne gagna pas, on ne perdit pas au change. Cette feuille reste une officine de mensonges et de vilenies; elle était vraiment l’organe du gouvernement de la commune.


IV. — LES COMPÉTITEURS.

Ce gouvernement, tout en restant composé des mêmes hommes, avait jugé à propos de changer sa constitution intérieure après les élections complémentaires du 16 avril ; sous prétexte de faire place aux nouveaux venus, on modifia les moteurs de la machine sous la pression de laquelle Paris étouffait. Il faut reconnaître que le système des commissions était déplorable. S’agitant dans des attributions mal définies, elles empiétaient volontiers les unes sur les autres, les conflits étaient permanens, dégénéraient en querelles, et il était rare qu’une séance se passât sans échange de gros mots. En outre la responsabilité éparse sur les membres d’une même commission était diffuse, l’autorité était trop divisée, et comme tout le monde commandait, il était naturel que personne ne voulût obéir.