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« Avertie que Paris en armes possède autant de calme que de bravoure; qu’il soutient l’ordre avec autant d’énergie que d’enthousiasme ; qu’il se sacrifie avec autant de raison que d’héroïsme ; qu’il ne s’est armé que par dévoûment pour la liberté et la gloire de tous, que la France fasse cesser ce sanglant conflit ! C’est à la France à désarmer Versailles par la manifestation de son irrésistible volonté. Appelée à bénéficier de nos conquêtes, qu’elle se déclare solidaire de nos efforts ; qu’elle soit aussi notre alliée dans ce combat qui ne peut finir que par le triomphe de l’idée communale ou par la ruine de Paris ! » Malgré les émissaires que la commune envoya dans quelques grandes villes, la France resta sourde et regarda avec colère du côté de ces malfaiteurs qui violaient sa volonté librement exprimée aux élections du 8 février. Pour la punir de son dédain, ceux-ci essayèrent de brûler sa capitale ; ils y réussirent en partie et s’en enorgueillissent.

Le Père Duchêne approuva la proclamation; cependant il n’était pas satisfait : « On vend maintenant un tas de sales vins qu’on fait payer neuf sous la chopine ! si ce n’est pas honteux! ça rappelle les plus mauvais jours de notre histoire ! » Il estime en outre qu’il y a un point qui n’est pas net et qui mérite d’être éclairci ; c’est celui des arrestations ; il en faut, mais « plus nombreuses que ça ! » — Un peu plus tard, 6 floréal an 79, il déclare que : « Fouquier-Tinville lui chatouille les pieds le soir au moment où il va faire un somme. » Néanmoins le manifeste de la commune lui plaît et il essaie de le comparer à la déclaration des droits de l’homme. Le peuple de Paris fut moins indulgent que Vermesch; il lut cet exposé de principes, leva les épaules et passa. Comment s’arrêter à des billevesées pareilles, en présence des actes d’arbitraire et de violence qui étaient la flagrante contradiction des paroles : paix, liberté, travail; à quoi bon ces grands mots qui ne trompaient personne, lorsque les combats sous Paris ne cessaient pas, lorsque le bruit de l’artillerie tonnait jour et nuit autour de la ville désespérée, lorsque nul ne pouvait douter des projets sinistres que l’on se réservait d’exécuter à la dernière heure, lorsque Parisel, chef de la délégation scientifique, réclamait partout du pétrole?

La commune semblait du reste prendre soin de se déconsidérer elle-même, à force de niaise crédulité ou de mauvaise foi. Tout à coup on apprend par les journaux que dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville on a découvert un caveau, sur les murs duquel on reconnaît les empreintes d’une main sanglante. Quelle victime a succombé là, dans le silence et l’obscurité? quel a été le meurtrier? M. Haussmann, M. Henri Chevreau, M. Jules Favre ou le général Trochu? Tous les quatre peut-être. On réclame une enquête, il faut que le jour se fasse sur cette ténébreuse histoire. Quelle femme a péri dans