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et cruelle obstination la ruine de la capitale, afin d’enterrer, dans les désastres de la république et de la liberté, le double témoignage de leur trahison et de leur crime. » Si l’on se rappelle que pendant la période d’investissement la plupart de ceux qui devaient être membres de la commune et leurs adhérens fabriquaient des bombes portatives, refusaient d’aller au combat, se réservaient contre les vrais soldats de la France qu’ils nommaient les Prussiens de l’intérieur; si l’on se rappelle qu’aux journées du 31 octobre et du 22 janvier ils furent les plus actifs auxiliaires de l’Allemagne, on estimera que les rédacteurs de cette proclamation devaient penser à eux-mêmes, lorsqu’ils prétendaient s’adresser à l’assemblée nationale. Paris se fait humble, il ne veut que l’autonomie de la commune, rien de plus, mais rien de moins. Si une telle rêverie avait été réalisée, c’en était fait de la France, qui dès lors eût été composée de trente-six mille petits états indépendans ayant des finances, une armée, une administration distinctes; ces états minuscules, incapables de vivre par eux-mêmes et sur eux-mêmes, n’auraient été rattachés les uns aux autres que par un lien fédératif toujours facile à briser; c’était la guerre civile en permanence, jusqu’au jour où toutes ces républiques lilliputiennes eussent été forcées de fléchir sous la pression de la plus forte d’entre elles, c’est-à-dire de Paris, du Paris révolutionnaire représenté par sa commune et qui y comptait bien. Les chefs de la révolte ont compris cela; il s’agissait de l’unité française, de l’indivisibilité de la patrie, l’objection était grave; ils y ont répondu par une platonique déclaration qui, en réalité, ne répond à rien : « L’unité politique, telle que la veut Paris, c’est l’association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d’un but commun, le bien-être, la liberté et la sécurité de tous. » Cela ressemble un peu aux consultations du médecin malgré lui; en résumé on a l’air d’avoir voulu créer, pour assurer l’unité de la France, une société en commandite et par actions.

Il y a dans ce fatras rédigé par des hommes n’ayant aucune notion d’économie politique ou d’administration tel passage qui fait horreur, lorsque l’on se reporte par le souvenir aux actes que l’on a commis. Parmi « les droits inhérens à la commune, » on ose citer, « la garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté du travail : » l’incarcération et le massacre des otages, la fermeture des églises et l’expulsion des prêtres ont répondu à cette déclaration, et en ont prouvé la sincérité. Le besoin de despotisme qui les tourmente, la ferme résolution d’agir révolutionnairement, c’est-à-dire en dehors de l’action des lois consenties, apparaissent à leur insu et malgré les précautions dont