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et rallier toutes les opinions au nouveau gouvernement, proposait de fonder « la république-empire-monarchie, dont les magistrats de l’ordre judiciaire seraient désignés sous le nom de procureurs royaux de la république impériale, et ceux de l’ordre administratif sous celui de chefs de la commune [1]? » Celui-là était un naïf novateur, égaré sur les pas du célèbre Gagne ; mais c’était mal prendre son temps que de prêcher la concorde aux hommes de l’Hôtel de Ville.

Du 29 mars au 13 avril, les délibérations sont secrètes, pour ne pas dire mystérieuses : on ferme les portes ; on écarte les huissiers, on parle à voix basse. Ce qui s’est passé dans ces conciliabules, on l’ignore, et cependant les procès-verbaux de ces séances doivent exister quelque part, car à Versailles M. Thiers les recevait régulièrement chaque jour de plusieurs mains. En effet, quelques-uns des dictateurs de Paris, avisés ou peu incorruptibles, n’hésitaient point à envoyer au président de la république les documens et les renseignemens qui étaient de nature à l’intéresser. Cette douce confiance dans le chef de l’état fut récompensée, lorsqu’après l’effondrement de la commune il s’agit de quitter Paris et de trouver un refuge à l’étranger. A défaut du procès-verbal des délibérations, on a le Journal officiel de la commune que l’on peut compulser et qui parfois est instructif; s’il ne donne pas les résolutions particulières, les discussions spéciales, les opinions motivées, il enregistre au moins le produit des élucubrations, et montre l’esprit général, — pour ne pas dire la folie constante, — dont sont animés les élus de l’insurrection. C’est là plus que partout ailleurs que l’on reconnaît combien cette révolution était peu municipale et combien ses visées, hautement affichées, dépassaient le but qu’elle avait proposé à la crédulité parisienne. Ce n’est pas seulement entre compères que l’on parle de république universelle, c’est en public, par d’emphatiques proclamations. Lorsque le comité central remet les pouvoirs à la commune, il croit devoir annoncer ce grand fait à la population : « Citoyens, groupez-vous donc avec confiance autour de votre commune, facilitez les travaux en vous prêtant aux réformes indispensables ; frères entre vous, laissez-vous guider par des frères ; marchez dans la voie de l’avenir avec fermeté, avec vaillance; prêchez d’exemple en prouvant la valeur de la liberté, et vous arriverez sûrement au but prochain : la république universelle. » Ceci est du 28 mars; le lendemain, Parisel fit son rapport sur les élections du 26; il se demande : « Les étrangers peuvent-ils être admis à la commune?» et, «considérant que le drapeau de la commune est celui de la république universelle, » il propose de valider

  1. Procès Chalet; 8e conseil de guerre; débats contradictoires; 12 octobre 1871.