Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/325

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de Paris. C’était peu connaître Garibaldi et son fils que d’imaginer qu’ils entreraient dans cette déplorable aventure. Lorsque Garibaldi fut prié de venir prendre le commandement des troupes fédérées, il donna, sous prétexte de conseil, une leçon qui ne fut pas comprise. A ceux qui lui offraient en quelque sorte la dictature, il désigna pour le remplacer Edgar Quinet, un doux rêveur absolument inoffensif; c’était recommander la paix et la soumission aux lois; la commune ne s’en aperçut même pas. Le comité, du reste, ne doutait pas de sa propre autorité; il était persuadé qu’il n’avait qu’à commander pour être obéi et il ne se figurait pas qu’un général pût refuser de le servir ; c’est ainsi que le 22 mars, apprenant qu’une manifestation pacifique se promène sur les boulevards, « ayant en tête le drapeau national » (cet aveu est bon à retenir au moment où l’on va adopter le drapeau rouge) il décrète : — Le chef d’état major général du Bisson est chargé, conjointement avec le général Cremer, de faire respecter les volontés du peuple. — Or à cette heure Cremer ne s’occupait qu’à faire élargir le général Chanzy, retenu prisonnier à la prison de la Santé, se mettait à la disposition de l’amiral Saisset et s’offrait à nettoyer l’Hôtel de Ville en jetant le comité central à la porte. Tout en expédiant des ordres à des généraux qui durent en sourire, on ne négligeait pas de pratiquer l’armée et de faire effort pour l’entraîner à la défection. Après avoir ratifié les condamnations à mort prononcées la veille sur la proposition des généraux Henry et du Bisson, le comité s’occupe de nos soldats. Viard demande que des émissaires secrets soient envoyés à Versailles afin d’instruire la troupe de ligne de ses véritables devoirs. Assi répond aussitôt que les émissaires sont partis depuis plusieurs jours, et le surlendemain, 24, il annonce au comité que les nouvelles reçues de Versailles sont excellentes. C’est le même jour, dans une séance secrète, que, sur la proposition d’Assi et de Bergeret, on résolut de rompre toute négociation avec les maires de Paris et de se préparer à la lutte à outrance. Un membre, le seul homme intelligent de la bande, fourvoyé on ne sait comment dans cette équipée impie, Edouard Moreau, parla de conciliation et ne fut pas écouté ; on se croyait si fort et si sûr de vaincre que l’on avait hâte d’en venir aux mains.

Dans la séance du 25, Jourde apparaît. A ses paroles on comprend que l’illégalité flagrante de tout ce qui se commet, de tout ce qui va se commettre, le trouble et l’inquiète. Avec une naïveté dont il faut lui savoir gré, il demande quelle devra être l’attitude de l’assemblée municipale si l’assemblée de Versailles ne la reconnaît pas. Les réponses à la fois emphatiques et diffuses qui lui sont adressées équivalent à ceci : on n’oserait pas, — mot essentiellement français et qui si souvent nous a perdus. C’est dans la soirée