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A l’autre bout, le point de départ sera-t-il Alger, Oran ou Constantine? Par cette dernière province, la route du sud descend, au sortir du massif atlantique, dans une dépression dont le fond est occupé par les chotts que M. Roudaire projette de réunir au golfe de Gabès. Elle traverse des oasis importantes, Biskra, Tougourt, Ouargla; mais la dépression des chotts, située en divers points au-dessous du niveau de la mer, a la réputation d’être malsaine. Du côté d’Oran, notre ligne s’approcherait trop des régions soumises à l’autorité marocaine. Sur le méridien d’Alger elle reste au contraire au milieu des possessions françaises. Plus au sud il convient d’éviter le massif du Djebel-Hogghar, ce qui ramène naturellement vers les oasis du Touat. Laghouat, Goleah, Insalah, centres de commerce et de ravitaillement des caravanes, jalonnent pour ainsi dire le parcours. La distance entre Alger et Tombouctou est d’environ 2,300 kilomètres.

De cette immense longueur défalquons tout de suite les 400 premiers kilomètres entre Alger et Laghouat. Cette section est pour la colonie d’un intérêt immédiat. Bien que les difficultés techniques y soient plus graves que sur le reste de la ligne par le motif que c’est la traversée du massif atlantique, M. Duponchel estime que le coût n’en dépassera pas 200,000 francs par kilomètre, y compris la dépense assez considérable exigée par le service des eaux. Laghouat est le poste militaire le plus important de l’Algérie méridionale. Une garnison qui s’y serait solidement établie pourrait rayonner sur les plateaux du sud ou, suivant les événemens, prendre à revers les insurgés des trois provinces. C’est en l’état actuel une place d’un entretien fort onéreux, puisque tout s’y amène du littoral par des routes impraticables sur lesquelles les transports reviennent à 50 centimes par tonne et par kilomètre, avec toutes les incertitudes d’un ravitaillement irrégulier. Pourquoi, dira-t-on, ne pas créer avant tout une route carrossable? C’est que les chaussées d’empierrement ne s’accommodent pas d’un climat sec. Au lieu d’une surface dure et lisse, tout au plus un peu boueuse l’hiver, un peu poudreuse l’été, elles ne sont plus, lorsque le soleil a pompé toute l’humidité du sol, qu’un amas de cailloux désagrégés où s’enfoncent les roues des voitures aussi bien que les pieds des chevaux. Une route du Sahara, pour être entretenue bonne, exigerait plus d’eau pour l’arrosement que n’en veulent les locomotives d’un chemin de fer. D’Alger à Laghouat, le chemin de fer est la voie la mieux appropriée au climat. Les plaines du haut Chélif, des Zahrez, du Djebel-Amour sont d’ailleurs assez peuplées pour fournir un trafic considérable. D’innombrables troupeaux y vivent; lorsque survient une sécheresse extraordinaire et avec cette sécheresse une famine, les wagons amèneraient aux ports d’embarquement le bétail que le