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peu sensibles, les plaines du Sahara où la vie se concentre dans les oasis. Comme on peut le prévoir, la chaleur s’accroît à mesure que la hauteur du sol diminue.

Le Sahara est-il une ancienne Méditerranée qui se serait asséchée un peu avant les temps historiques? Cette hypothèse expliquerait tout au plus l’existence des plaines sablonneuses, des épaisses couches de sel que l’on y rencontre. Elle est peut-être vraie pour la partie au nord de la province de Constantine où le sol reste parfois au-dessous du niveau de la mer; elle est inexacte assurément en ce qui concerne la région centrale où les voyageurs ont aperçu des chaînes de montagnes assez élevées pour que la neige les couronne en hiver.

Le Sahara mesure à peu près 2,000 kilomètres du nord au sud, depuis Laghouat jusqu’à Tombouctou; en largeur, il va de l’Atlantique à la vallée du Nil. C’est une superficie grande comme quinze fois celle de la France. Il est naturel qu’une surface de telle étendue présente les accidens topographiques les plus variés. Deux massifs montagneux y ont été découverts, celui du Djebel-Hogghar, sur le méridien de Constantine, et celui de l’Ayr, plus loin vers le sud. Entre les deux et tout autour de chacun d’eux règnent de hauts plateaux dont l’altitude dépasse parfois 1,000 mètres. Au bord du Maroc, il existerait, paraît-il, une vaste dépression qui peut bien être le lit d’une ancienne mer, d’autant que les indigènes vont s’y approvisionner de sel. En somme, le Sahara, loin d’être une plaine aux horizons réguliers, est un terrain accidenté, sillonné par d’innombrables vallées auxquelles il ne manque que de l’eau.

Au point de vue géologique, l’aspect en est monotone. Les formations primitives se montrent sur tous les sommets et même parfois dans les parties basses, aux moindres saillies du sol. Désagrégées par les intempéries atmosphériques, ces roches ont fourni l’immense quantité de sable qui s’entasse en dunes un peu partout. Là où le granit se cache sous une couche plus récente, c’est le terrain crétacé qui apparaît. A peine existe-t-il des lambeaux de terrains tertiaires, circonstance fâcheuse, car ce sont ceux dont l’homme tire le plus de profit. Toutefois, les dépôts limoneux, de création moderne, ne sont pas rares, et, l’eau aidant, la végétation s’y développerait avec vigueur.

La sécheresse du sol, et plus encore la sécheresse de l’atmosphère, sont le fléau du Sahara. Avec des pluies fréquentes et régulières, le sol se couvrirait de moissons et de forêts; sans eau, c’est un désert stérile. Ce n’est pas qu’il n’y pleuve jamais; seulement, le sol, que rien ne protège contre l’évaporation, restitue bien vite à l’atmosphère l’eau qu’il en a reçue. Ce qui n’est pas pompé par les rayons du soleil s’écoule lentement sous les sables et entretient, au