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ne l’a pas empêché de tomber par la faute de ces mêmes bourgeois qui ne l’ont pas soutenu. Louis-Napoléon a fait la conversion résolument et peut-être d’une façon téméraire en 1852; on lui en a su gré plus tard, et cette mesure n’a pas nui à l’essor qu’ont pris les affaires. Il n’y a donc pas lieu de s’arrêter devant cette défaillance subite qui s’est emparée du gouvernement au moment de réaliser la conversion et lorsque l’opinion y était déjà préparée. La question sera reprise, elle ne peut pas être ajournée pour longtemps. C’est pourquoi il nous a paru utile de l’étudier dès à présent et de chercher comment on pourrait la résoudre.


II.

Si, dans le monde économique et financier, on est généralement d’accord sur l’utilité de la conversion, on ne l’est pas autant sur la manière de l’opérer. Quelques personnes voudraient qu’on la fît selon les précédens qui ont eu lieu en Angleterre et en France, en réduisant simplement l’intérêt de 1/2 pour 100, c’est-à-dire en convertissant le 5 pour 100 en 4 1/2; alors la solution serait très facile, personne ne réclamerait, et la conversion serait aussitôt faite que décrétée. Mais cette conversion en 4 1/2-répond-elle bien aujourd’hui au but qu’on doit se proposer? Ce but est double. Il s’agit d’abord de réaliser au profit du trésor toute l’économie qui est compatible avec l’état du marché ; il faut ensuite procurer au crédit toute l’élasticité dont il a besoin, en un mot le débarrasser du boulet de la conversion qu’il traîne déjà depuis trop longtemps. Si on convertit en 4 1/2, on donne aux porteurs du 5 un fonds qui vaut aujourd’hui 110 francs, c’est-à-dire 10 francs de plus que la somme qu’on est obligé de leur rembourser. Quelle sera la situation le lendemain ? On ne pourra pas promettre aux porteurs du 4 1/2 de ne pas les convertir de nouveau un peu plus tard; on prendra seulement vis-à-vis d’eux l’engagement de ne pas le faire avant un certain délai, et en attendant le nouveau fonds, menacé à son tour d’une conversion plus ou moins prochaine, et elle devra n’être pas très éloignée, si on se préoccupe sérieusement des intérêts de l’avenir, le nouveau fonds, dis-je, ne s’élèvera pas ou presque pas. C’est lui qui traînera le boulet qui est maintenant au pied du 5 pour 100; l’effet sera le même pour le crédit public. Quant à l’économie, elle sera de 37 millions seulement lorsqu’elle pourrait être dès à présent plus forte. On craint que, si dans les circonstances actuelles l’état allait jusqu’au bout de son droit et imposait toute la réduction qui résulte de l’état du marché, il provoquât un grand déclassement parmi les 7 milliards de capitaux qui sont aujourd’hui