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que l’état réduise sa rente 5 pour 100 d’un dixième et même d’un cinquième. Sur 375 millions d’intérêts afférant à cette rente qui sont à payer chaque année, c’est une économie de 37 millions dans un cas et de 74 millions dans l’autre. C’est beaucoup assurément, et l’avantage est appréciable pour notre budget. Mais qu’est-ce que cette économie à côté de l’immense avantage qui pourrait en résulter pour les affaires? Cette économie d’un cinquième dans le loyer du capital, appliquée seulement aux 50 milliards et plus qui constituent le fonds de roulement du commerce et de l’industrie, et en admettant que l’intérêt actuel soit de 5 pour 100, représente 500 millions. Il y aurait donc 500 millions de moins à payer pour la production de toutes les marchandises et pour le mouvement commercial alimentés par ce fonds de roulement. Croit-on que ce serait là une chose insignifiante pour le progrès de la richesse publique? Le capital est le grand levier du commerce et de l’industrie à l’égal de toutes les matières premières dont on a besoin, à l’égal du charbon, du fer, du coton et de la laine, et il l’est même à lui seul autant que toutes les matières premières réunies. Or, supposons qu’on apprenne demain que sans sacrifice aucun pour personne, par suite d’une production plus grande et plus économique il y a une réduction de prix d’un cinquième sur toutes les matières premières : quel essor il en résulterait pour l’industrie et le commerce! Eh bien, cet essor peut naître de la diminution seule du loyer du capital, car le capital intéresse toutes les industries. Il faut rappeler ici la belle image de Turgot : « On peut regarder, dit-il, le prix de l’intérêt comme une espèce de niveau au-dessous duquel tout travail, toute culture, toute industrie, tout commerce cessent. C’est comme une mer répandue sur une vaste contrée : les sommets des montagnes s’élèvent au-dessus des eaux et forment des îles fertiles et cultivées. Si cette mer vient à s’écouler, à mesure qu’elle descend, les terrains en pente, puis les plaines et les vallons paraissent et se couvrent de productions de toute espèce. Il suffit que l’eau monte ou s’abaisse d’un pied pour inonder ou pour rendre à la culture des plaines immenses. C’est l’abondance des capitaux qui anime toutes les entreprises, et le bas intérêt de l’argent est tout à la fois l’effet et l’indice de l’abondance des capitaux. » Que peut-on dire de mieux pour montrer l’avantage qu’il y a de réduire le prix de l’argent? c’est comme si on ajoutait à la fertilité du sol, à la puissance du travail, comme si on augmentait la production. C’est un des élémens essentiels du progrès, il faut donc s’en préoccuper sérieusement, et loin qu’un pays compromettre son crédit en remboursant sa dette, il le sert au contraire de la façon la plus efficace.

Pour qu’une conversion puisse se faire, disait M. Bineau dans le