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sont parvenus à une certaine vétusté, il ne leur est plus permis que de délirer et de prendre des partis absurdes. La plus grande folie qu’ait pu faire le cabinet de Constantinople, c’est d’avoir permis aux Russes de passer les Dardanelles ; une des grandes bêtises de notre directoire est de s’être brouillé avec les Turcs, et, à présent que les affaires n’ont plus ni règle ni mesure, il est très difficile de calculer ce qui se fera ou ce qui ne se fera point.


La situation étant devenue difficile, Kléber avait commencé des négociations ; il n’avait plus aucune communication avec la France, et depuis le départ de Bonaparte, il n’avait reçu aucune instruction du gouvernement. Il crut donc pouvoir reprendre les pourparlers qui avaient été entamés déjà par son prédécesseur et écrivit au grand vizir une dépêche pour lui exposer qu’en entreprenant l’expédition d’Égypte, les Français avaient eu pour objet de contraindre les Anglais à la paix, en les menaçant dans leurs possessions de l’Inde, et de se venger des outrages multipliés des mamelucks. Il insiste sur les dangers que fait courir à la Turquie son alliance avec ses plus mortels ennemis, la Russie et l’Angleterre, et sur la nécessité de conclure le plus tôt possible la paix avec la France, sa plus ancienne alliée.

En même temps que Kléber cherchait à négocier avec la Porte, il envoyait au directoire son fameux rapport du 26 septembre 1799, dans lequel il exposait la situation de l’armée d’occupation, et qui, intercepté par les Anglais, n’arriva en France qu’en duplicata après le 18 brumaire. Ce rapport fut donc remis au premier consul, qui put voir ainsi comment sa conduite était jugée par son successeur. Il est trop important et a eu une trop grande influence sur les événemens ultérieurs pour que nous n’en reproduisions pas les principaux passages.


« Citoyens directeurs,

« Le général en chef Bonaparte est parti pour la France le 23 août au matin, sans avoir prévenu personne. Il m’avait donné rendez-vous à Rosette le 24 ; je n’y ai trouvé que ses dépêches. Dans l’incertitude si le général a eu le bonheur de passer, je crois devoir vous envoyer copie de la lettre par laquelle il me donne le commandement de l’armée et de celle qu’il adresse au grand vizir à Constantinople, quoiqu’il sût parfaitement que ce pacha était déjà arrivé à Damas.

« Mon premier soin a été de prendre une connaissance exacte de la situation actuelle de l’armée.

« Vous savez, citoyens directeurs, et vous êtes à même de vous faire représenter l’état de ses forces à son entrée en Égypte. Elle est réduite