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1795). Le résultat de la campagne fut donc la reprise par l’Autriche d’une partie de la rive gauche du Rhin.

L’armée de Sambre-et-Meuse prit ses quartiers d’hiver dans les importantes positions qu’elle occupait. Kléber, qui pendant une absence de Jourdan en avait pris le commandement, en profita pour réorganiser tous les services, fortifier les points faibles et remonter les troupes démoralisées par les derniers échecs. Toujours simple, sans plumets ni broderies, sans cesse préoccupé du bien-être de ses soldats, cherchant à leur éviter toute fatigue inutile, partageant leurs dangers, donnant partout l’exemple de l’abnégation, du dévoûment à la patrie, il avait su inspirer à tous une confiance sans bornes. Il arriva promptement à reconstituer l’armée qui, au moment de la reprise des hostilités (mai 1796), se trouva dans d’aussi bonnes conditions que jamais. Kléber, qui avait repris le commandement de l’aile gauche, lui adressa à cette occasion une proclamation chaleureuse dans laquelle, faisant appel aux plus nobles sentimens, il demandait à ses soldats de se montrer les dignes émules de leurs frères de l’armée d’Italie et leur recommandait la plus stricte discipline, le respect des propriétés privées, l’humanité envers les populations inoffensives.

Nous ne pouvons reproduire ici les ordres si précis, si lucides, si minutieux par lesquels Kléber règle jour par jour la marche de son armée, les positions que chaque général doit occuper, les précautions qu’il devra prendre pour éviter toute surprise ; ce sont de véritables modèles qui montrent à quelles conditions on est un grand capitaine. Les manœuvres prescrites eurent pour conséquence la victoire d’Altenkirchen, dont Kléber rend compte à Jourdan, en laissant, suivant son habitude, tout l’honneur aux généraux sous ses ordres.


« Hachenbourg, 4 juin 1796.

« Ce matin, à quatre heures, l’avant-garde du général Lefebvre avait ordre de se mettre en mouvement et de diriger sa marche sur Altenkirchen ; il était chargé d’attaquer cette position.

« La tête de la seconde division, aux ordres de Colaud, devait suivre à une demi-lieue la queue de Lefebvre et se mettre en bataille en seconde ligne dans la position en avant de Weyerbusch, dès que la première commencerait son attaque, afin de la soutenir.

« Lefebvre culbuta d’abord tous les avant-postes ennemis, et dès qu’il déboucha sur les hauteurs opposées à celles d’Altenkirchen une canonnade des plus vives s’engagea de part et d’autre. Lefebvre, à qui la position ennemie était parfaitement connue pour y avoir combattu l’année dernière, partage aussitôt sa troupe en trois colonnes, donne le commandement de celle de gauche à Soult, celui de celle de droite au chef