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heure par heure toutes les péripéties de cette belle opération militaire ; le 13 août il écrit :


« Demain j’enverrai l’ordre aux divisions de se rapprocher des points qu’elles devront occuper au moment du passage. Ce qui me désole, ce sont les chevaux d’artillerie disséminés aux quatre coins de la terre, soit pour chercher des bateaux, soit pour chercher des vivres ; ce sera une mer à boire que de les réunir. Nous ferons pour le mieux et nous n’aurons au moins pas à nous reprocher le défaut de zèle et d’activité.

« Les forces vis-à-vis de moi augmentent de jour en jour ; avant-hier soir encore il est arrivé un gros corps de troupes, tant en infanterie qu’en cavalerie, et hier dans la journée un fort convoi d’artillerie. Tout est hérissé de redoutes et d’ouvrages sur la rive droite. Ce qui me console, c’est de penser que plus je trouverai de résistance de mon côté, moins tu en rencontreras du tien, car j’attache plus d’intérêt à la réussite de ton passage que du mien, persuadé que dès que tu auras un seul bataillon sur la rive droite, ce qu’il y a par ici sera singulièrement ébranlé.

« Il faut encore que les eaux du Rhin baissent de quatre pieds pour nous permettre le passage, car, au dire des gens du pays, il serait impraticable de jeter l’ancre dans son état actuel.

« L’opération dont tu m’as chargé me paraît bien grande, et, si j’avais le choix entre un siège et une expédition de cette nature, je n’hésiterais pas un instant à me décider pour le premier. »


« Crefeld, l5 août 1795.

« J’ai été hier à Essenberg à l’effet d’avoir le résultat du marché dont je t’ai parlé. L’entrepreneur demande par jour pour chaque bateau 36 francs et pour les bateliers qui accompagneront chacun d’eux, et sans lesquels ces bateaux ne seront point délivrés, 18 francs également par jour. Indépendamment de cela, l’entrepreneur exige qu’il soit déposé entre ses mains ou en main tierce, pourvu que ce soit un individu de la rive droite, dans les états prussiens, pour chaque bateau une somme de 3,600 francs en cautionnement. D’après ce calcul, il est évident que nous devons être pourvus d’au moins 150,000 francs en numéraire, en supposant que nous louions seulement trente bateaux, nombre qui nous est indispensablement nécessaire… »


« Crefeld, l6 août 1795.

« À présent, mon cher ami, je te dirai que lorsqu’une fois je serai encadré dans mes moyens de passage sur les points que je t’ai indiqués par ma lettre d’hier, je n’hésiterai pas un instant à exécuter mon projet, et à les attaquer, fussent-ils trente mille hommes, car ce qui me rassure singulièrement, c’est qu’ils ont fait très peu d’ouvrages sur les