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l’avancement de mes jeunes gens et qu’il te communiquera. Je t’en serai à jamais reconnaissant.

« Je pense qu’on me chargera de l’expédition de Mayence à cause des connaissances locales que j’ai acquises pendant le dernier siège de cette place. Je ferai, comme partout ailleurs, tout ce qui dépendra de moi. Si j’ai le bonheur de réussir, je ne demande d’autre récompense que celle de rentrer sous tes ordres ; c’est là le terme de toute mon ambition… »


La marche victorieuse de l’armée de Sambre-et-Meuse depuis l’Ourthe jusqu’au Rhin avait singulièrement facilité les opérations des armées de la Moselle et du Rhin, qui, sous les ordres de Moreau et de Michaud, avaient forcé l’ennemi à repasser le fleuve et avaient investi Mayence avec cinq divisions. C’est au commandement de ces troupes que Kléber avait été appelé avec l’ordre de pousser vigoureusement le siège de la place ; mais, comme il le disait lui-même : « Accoutumé à voir tout céder à la valeur des troupes, le gouvernement se persuadait qu’il dépendait uniquement de l’armée de mettre la France en possession de Mayence enviée depuis longtemps. Il se contenta d’intimer l’ordre de s’en emparer et négligea, comme par le passé, de fournir aux troupes les moyens propres à les seconder. »

Kléber essaya inutilement de persuader au comité de salut public qu’on ne pouvait rien entreprendre contre Mayence sans l’investir complètement, c’est-à-dire sans faire passer un corps de troupes sur la rive droite ; on ne voulut rien entendre.


« En arrivant à Alzey je trouvai, dit-il, Merlin de Thionville, avec son collègue Neveu, au milieu d’une suite aussi nombreuse que dégoûtante et bizarre. Ils avaient réuni autour d’eux les clubistes et les propagandistes de toute la Germanie. Chacun de ces intrigans venait offrir ses secours, ses services, et faisait entrevoir, comme la chose du monde la plus facile, la prise d’une des meilleures places de l’Europe. Déjà l’on désignait les emplacemens des batteries incendiaires, pour battre telle ou telle rue, suivant la vengeance particulière que chacun de ces misérables avait à exercer. On m’entourait, on me pressait pour sonder mon opinion. L’émet re devant toutes ces canailles eût été non-seulement me compromettre, mais engager une lutte au lieu d’une discussion… »


Quoique peu confiant dans le succès de cette entreprise, Kléber n’en prit pas moins toutes ses dispositions pour commencer le siège : mais les moyens d’attaque faisaient défaut et les opérations ne pouvaient aboutir avec une aimée insuffisante et mal pourvue d’ar-