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vision fut mis à la tête d’une petite armée indépendante de celle de Rossignol, mais il ne voulut en accepter le commandement que si Kléber consentait à diriger les opérations de la campagne. « Je garde pour moi, dit-il à celui-ci, toute la responsabilité, et je ne demande que le commandement de l’avant-garde au moment du danger. Je te laisserai à toi le commandement-véritable et les moyens de sauver l’armée. — Sois tranquille, répondit Kléber, nous nous battrons et nous nous ferons guillotiner ensemble, » Noble exemple de confraternité et d’abnégation dont malheureusement bien peu de généraux ont su s’inspirer.

Battus au Mans, les Vendéens cherchèrent à repasser la Loire à Ancenis. La Rochejaquelein et Stofflet ayant traversé le fleuve pour y chercher des barques ne purent revenir sur la rive droite et rejoindre l’armée vendéenne. Celle-ci, privée de ses chefs, continua à descendre le fleuve, sans pouvoir le franchir, et s’enfuit, toujours poursuivie, vers la Bretagne. Atteinte par l’armée républicaine à Savenay, elle fut culbutée et jetée dans la Loire et dans les marais où beaucoup se noyèrent ; les autres furent pris et mis à mort après avoir été jugés par les tribunaux révolutionnaires. Ce sont les hommes qui se tinrent toujours à l’abri du danger, qui, voulant faire preuve de patriotisme, commirent alors ces atrocités dont la ville de Nantes a gardé le souvenir. La guerre était finie, et ce résultat était dû à Kléber qui, dans les derniers jours, avait dirigé tous les mouvemens de l’année. En arrivant à Nantes, il y fut avec Marceau l’objet d’une ovation dont s’effaroucha le sans-culottisme du représentant Turreau. Lorsqu’une couronne civique leur fut présentée, celui-ci s’écria que les couronnes n’étaient pas dues aux généraux, mais aux soldats qui gagnent les batailles ; que les honneurs rendus à des généraux chargés de broderies lui semblaient puer à plein nez l’ancien régime. Contenant son indignation et tenant sa couronne à la main, Kléber répondit :


« Ce ne sont pas les généraux républicains, ayant presque tous, comme moi, commencé par être grenadiers, qui ignorent que ce sont les soldats qui gagnent les batailles ; mais ce ne sont pas non plus les soldats de la république, puisque tous peuvent espérer arriver au commandement, qui ignorent que des milliers de bras ne remportent des victoires que lorsqu’ils sont dirigés par une seule tête. Ce sont les armées, c’est-à-dire les officiers et les soldats, qui font triompher la république. Marceau et moi nous n’acceptons cette couronne que pour l’offrir à nos camarades et l’attacher à leurs drapeaux. »


Il n’y avait plus en Vendée que quelques rassemblemens sans importance, dont on serait venu facilement à bout, si le commande-