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les principes avec ardeur, persuadé que seuls ils pouvaient désormais répondre aux aspirations de la société, et lorsque, menacée par la coalition européenne, la France dut pour se défendre faire appel aux gardes nationales de province (1792), il s’enrôla au 4e bataillon des volontaires du Haut-Rhin, dans lequel il servit d’abord comme adjudant-major, puis comme lieutenant-colonel. Il y exerça bientôt toute l’autorité que lui avaient acquise ses connaissances spéciales et la confiance qu’il inspirait aux officiers comme aux soldats. Entre ses mains, le 4e bataillon du Haut-Rhin devint l’un des meilleurs et fit ses preuves au siège de Mayence auquel il prit une part active.

Il n’entre pas dans notre plan de raconter les campagnes de cette époque ; nous n’en dirons que ce qu’il faut pour suivre Kléber dans sa carrière militaire et montrer ce qu’il fut comme soldat, et comme citoyen. Après plusieurs échecs, Cusine, obligé de se replier et craignant de voir ses communications interceptées, abandonna Mayence à ses propres forces avec une garnison de vingt-deux mille hommes, commandée par les généraux Doyré et Munnier. La place fut bientôt investie par l’armée de Kalkreuth, forte de cinquante mille hommes et protégée par les armées du duc de Brunswick et de Wurmser. Mayence, située sur la rive gauche du Rhin, vis-à-vis de l’embouchure du Mein, était alors une des plus fortes places de l’Europe ; l’enceinte présentait la forme d’un demi-cercle dont le Rhin formait la corde. De l’autre côté du fleuve était le faubourg de Castel, qui avait été mis en état de défense ainsi que les îles du Vieux-Mein, de Mars, de Bley et d’Ingelheim. Le général Munnier défendait Castel et les postes de la rive droite, Doyré dirigeait les travaux dans le corps de la place ; Dubayetet Kléber commandaient les troupes, animées d’une ardeur égale à celle de leurs chefs. Malheureusement la quantité de vivres n’était pas proportionnée à l’effectif de la garnison, et les approvisionnemens de poudre étaient insuffisans ; néanmoins rien de ce qui pouvait contribuer à prolonger la résistance ne fut négligé. Kléber, qui occupait le camp retranché avec neuf bataillons et cent cavaliers, fit plusieurs sorties, infligea à l’ennemi des perles sérieuses, et fut, à la suite de plusieurs actions d’éclat, promu au grade de général de brigade.

Il se passa pendant le siège un incident analogue à celui qui s’est produit dans la dernière guerre, au siège de Metz, avec l’agent Régnier et qui prouve que, si les traditions se conservent dans l’armée prussienne, il n’en est pas de même dans l’armée française, car les généraux de Mayence montrèrent en cette occasion plus de perspicacité que ceux de Metz. D’après le récit qu’en a laissé Kléber, le vendredi 12 avril, le général Doyré reçut un paquet porté par un trompette prussien et dans lequel se trouvaient deux lettres, lune du citoyen Boos, commandant du 96e régiment, portant qu’il était