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attendre le retour d’Alcibiade. Il leur restait dans Sestos une tête de pont dont les Athéniens étaient habitués à faire usage. Ce ne fut cependant pas Sestos, trop rapproché de l’ennemi, ce fut une baie voisine que les généraux choisirent pour lieu de rendez-vous. Là se rassemblèrent peu à peu les divers détachemens de la flotte athénienne. Comment Mindaros leur permit-il de s’y concentrer? Par suite de cette inertie à laquelle on n’est que trop sujet après un premier triomphe. Bientôt les Athéniens eurent en face d’Abydos une force de soixante-seize vaisseaux, force compacte, urne, accoutumée à manœuvrer de concert et parfaitement en mesure d’offrir le combat aux quatre-vingt-dix-huit vaisseaux péloponésiens.

On sait quelle est la violence du courant de l’Hellespont. Lord Byron, à l’exemple de Léandre, a pu traverser ce canal à la nage, jamais escadre moderne n’a songé à le choisir pour champ de bataille. Les trières athéniennes y devaient, au contraire, faire excellente figure; les difficultés du terrain profitent toujours à la force la mieux exercée. Les deux flottes se rangèrent d’abord en ligne de file, l’une sur le rivage d’Europe, l’autre sur le rivage d’Asie. Les Athéniens, nous l’avons déjà dit, avaient mouillé au-dessous de Sestos; leur but, en se déployant, était de gagner l’appui de cette place. Il leur fallait, pour cela, doubler le promontoire de Cynosséma, dépasser, en d’autres termes, l’étranglement que commandent aujourd’hui les deux châteaux des Dardanelles. Thrasylle marchait en tête, Thrasybule le suivait. L’avant-garde athénienne venait de tourner le cap que l’armée tout entière devait doubler; elle s’enfonçait peu à peu, longeant de près la rive, dans la baie qui se creuse entre Cynosséma et Sestos, — nous dirions aujourd’hui entre Rilid-Bahr et Bovali-Kalessi, — quand la flotte du Péloponèse se mit, à son tour, en mouvement. Échelonnée d’Abydos à Dardanos, — de la pointe Nagara au château d’Asie, — cette flotte avait le dessus du courant. Il lui suffisait de se laisser emporter de biais à travers le détroit pour arriver avec la rapidité de la flèche sur l’ennemi. Quand Mindaros voit les deux portions de la flotte athénienne séparées par le promontoire qui les cache l’une à l’autre, il donne à ses vaisseaux le signal d’attaquer. Les Syracusains contiendront Thrasylle, sans pousser cependant leur attaque à fond; le reste de la flotte se jettera sur Thrasybule. Ce fut le centre surtout qui eut à subir l’effort de cet assaut ; l’arrière-garde athénienne, trop éloignée encore, fut négligée à dessein. En quelques minutes les vaisseaux du centre sont poussés à la côte, contraints à s’échouer; les équipages se précipitent en désordre sur la plage. C’est une effroyable déroute qui commence. Fier de ce premier avantage, Mindaros croit avoir facilement raison de l’arrière-garde; mais l’arrière-garde