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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/960

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chancelier de détourner des conflits qui ne seraient guère propres à décourager les passions révolutionnaires, de ne rien négliger pour faire sortir la paix de ce congrès qui s’ouvre aujourd’hui dans des conditions encore si incertaines.

C’est donc au milieu de ces préoccupations universelles des attentats allemands, du congres de Berlin que nos chambres ont pris le parti de se disperser, de s’en aller en congé. Il était presque temps ; à prolonger leur session, elles auraient fini par se perdre dans la confusion, par jouer aux conflits, ne fût-ce que pour se donner des émotions. Elles étaient en train de s’agiter dans le vide, et aux derniers jours peu s’en est fallu que quelques députés pleins d’alarmes, à la lecture de quelques journaux échauffés de réaction, n’aient cru à la nécessité d’interpeller gravement M. le garde des sceaux pour savoir s’il n’y avait pas encore dans l’air quelque nouveau 16 mai, quelque menace de coup d’état. L’alerte a été presque chaude ! Qu’on se rassure : il n’y a point de 16 mai dans l’air, tout est tranquille à Paris et à Versailles, M. le président de la république reçoit paisiblement et honorablement les princes de l’Europe, nos ministres donnent des bals, l’exposition prospère et s’orne de toute sorte de congres plus ou moins internationaux destinés sans doute à rivaliser avec le congrès de Berlin. Nos chambres ont pu partir en paix sans regarder derrière elles ! Cette interruption des travaux parlementaires était certes ce qu’il y avait de mieux aujourd’hui. La manière dont elle s’est réalisée est-elle d’une légalité évidente ? C’est une autre question. Il faut voir les choses comme elles sont. La constitution, et ce n’est pas sans de sérieux débats que cela a été décidé, la constitution n’admet pas la permanence des assemblées ; elle n’admet que des sessions périodiques, régulières, ordinaires ou extraordinaires, que le pouvoir exécutif seul a le droit d’ouvrir et de clore en restant, bien entendu, dans les limites légales. Voilà la règle souveraine, invariable ou réputée et censée invariable. Où donc est la nécessité d’éluder la constitution par un subterfuge dont tout le monde se fait le complice et qui ne reste pas moins un subterfuge peu sérieux ?

Tout compte fait, les chambres sont entrées régulièrement en session aux premiers jours de janvier ; elles se sont séparées de leur propre autorité pour quelques semaines au mois d’avril pour la session des conseils-généraux, et elles étaient dans leur droit en se donnant à elles-mêmes un congé de quelques jours. Maintenant elles s’ajournent encore, c’est le mot dont on se sert, et cette fois pour plus de quatre mois, de leur propre mouvement, par une simple fixation d’ordre du jour, en laissant à leurs présidens respectifs la faculté de les rappeler par un avis de bureau. Au 28 octobre elles se réuniront de nouveau sans plus de formalités, comme si elles s’étaient réunies la veille ; elles auront à peine le temps de discuter et de voter le budget avant la fin de