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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/935

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les bases de l’administration, organisé l’armée, arraché lambeaux par lambeaux le royaume à la féodalité et à l’étranger, opposé une invincible résistance aux trahisons passagères de la fortune ; mais bien des ombres obscurcissent ce brillant tableau, et des faits trop nombreux démentent cruellement l’admiration de quelques-uns de nos plus illustres écrivains, De Bonald, De Maistre, Chateaubriand.

L’école démocratique à son tour, en méconnaissant systématiquement les œuvres vraiment glorieuses de la monarchie, a fait comme l’école royaliste, elle a supprimé une partie de l’histoire et calomnié les générations fortes et vaillantes qui nous ont précédés sur cette terre, en donnant le XVIIIe siècle pour limite extrême à l’avènement des idées qui sont l’honneur et la force de notre société moderne. Les deux opinions, également absolues, sont également fausses. Ce qui est vrai, c’est que la monarchie a réuni tous les contrastes ; elle a eu de magnifiques élans de patriotisme et des accès de tyrannie furieuse. Elle a été anarchique comme le pays sur lequel elle régnait, et ce n’était pas seulement le pouvoir absolu de ses rois qui créait l’anarchie. Elle naissait fatalement d’elle-même, d’une organisation politique incomplète et incohérente, où se confondaient les élémens les plus divers ; les traditions germaniques portaient à la liberté, les traditions du droit unitaire de l’empire romain poussaient au despotisme, les coutumes féodales isolaient dans une existence égoïste les différentes circonscriptions du royaume. La plupart des libertés publiques reposaient sur le privilège au lieu de reposer sur le droit. Les provinces, les communes, les administrations, les juridictions, la noblesse, l’église, la roture, luttaient entre elles en même temps qu’elles luttaient contre le gouvernement royal, et ce gouvernement, qui n’était lui-même qu’un privilège immense élevé au-dessus de tous les privilèges, justifiait son pouvoir discrétionnaire par la nécessité de ramener vers le centre les forces vives qui tendaient toutes à l’écartement et émiettaient pour ainsi dire l’existence nationale. En apparence, c’était le chaos. Mais déjà au déclin du moyen âge on trouve dans ce chaos tous les germes fondamentaux de notre droit public; tandis que les rois, comme le paysan qui ajoute un coin de terre à l’héritage de ses pères, travaillent à agrandir le royaume, à faire un seul et même peuple des Picards, des Bretons, des Normands, des Provençaux, les états-généraux leur signalent les abus qu’ils doivent combattre, les satisfactions légitimes qu’ils doivent donner à leurs sujets; le parlement réclame contre le despotisme qui tendait à absorber la nation dans une sorte de panthéisme royal. Dès le règne de Philippe le Bel et de Charles VI, ces deux grandes institutions préparent les cahiers