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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/887

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toute la plaine et à proximité de l’agora. On ne peut nier en outre que la situation ne cadre au juste avec certaines scènes des tragédies consacrées par Sophocle et Euripide aux forfaits de la maison de Pélops. C’est là qu’il faut lire l’Électre de Sophocle, un des plus admirables chefs-d’œuvre de la muse grecque. Il semble que le poêle ait visité lui-même les lieux, tant il les décrit exactement. La scène se passe sur l’agora. « Tu vois d’ici l’antique Argos, dit le pédagogue au jeune Oreste ; ici le bois sacré de la fille d’Inachos, harcelée par les taons ; plus loin la place consacrée à Apollon Lycien, destructeur des loups : à gauche s’élève le temple de Junon. La ville où nous sommes, c’est Mycènes, abondante en or, et ce palais est le séjour sanglant des Pélopides. » De l’agora mycénienne, on voit en effet Argos en face de soi : dans la plaine coule l’Inachos, où se trouvait le bois sacré d’Io, la fille du fleuve, changée en génisse et aimée de Jupiter métamorphosé en taureau, — et c’est bien à gauche que l’on aperçoit les ruines du temple de Junon, l’Herœon célèbre de la plaine argienne. De jeunes Mycéniennes qui forment le chœur emplissent l’agora, où la vaillante Électre rencontre son frère Oreste envoyé par les dieux pour venger sur sa mère le meurtre d’Agamemnon. Ils ne se reconnaissent pas de prime abord ; pour mieux tromper les soupçons, Oreste feint d’apporter la nouvelle de sa propre mort. Tout le monde est rempli de joie dans le palais, pendant qu’Électre exhale en des vers célèbres de touchantes plaintes. Enfin le frère et la sœur se reconnaissent et concertent la vengeance. Clytemnestre meurt la première : elle est frappée dans son propre palais, et ses derniers cris parviennent à l’oreille des jeunes filles sur l’agora. Mais la vengeance n’est pas complète, tant qu’Égisthe vit encore, Égisthe, le pervers conseiller, l’amant, puis l’époux de la reine. Il avait passé la journée en dehors de l’acropole ; il arrive du faubourg. On le voit entrant par la porte des lions, il rencontre sur l’agora Électre et ses jeunes compagnes, tout en se dirigeant vers son palais, — où l’attend l’épée vengeresse du fils d’Agamemnon.

III.

Déblayer tout un quartier de l’ancienne Mycènes eût semblé à beaucoup d’archéologues un brillant succès ; mais c’était peu pour M. Schliemann, qui avait une idée fixe : trouver le tombeau d’Agamemnon. Les pierres sculptées dont nous avons parlé et qu’il avait qualifiées, un peu pour les besoins de la cause, de stèles funéraires, lui avaient fait concevoir les plus vives espérances. La découverte de l’agora ne l’arrêta point. Avec nos idées modernes,