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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/881

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parties de la ville coexistaient déjà dans la haute antiquité. C’est même en dehors de l’acropole que se trouvent les monumens souterrains connus sous le nom de trésoreries. Le plus remarquable, nommé la trésorerie d’Atrée, se rencontre à droite en suivant le sentier qui de Kharvati mène à l’entrée de l’acropole. Une avenue en ruines conduit par une pente rapide à une porte de pierre formée de deux énormes montans, sur lesquels repose un linteau colossal : au-dessus est une niche en triangle qui contenait sans doute un bas-relief détruit. Cette porte était d’ailleurs décorée de colonnes et d’autres ornemens enlevés par les Turcs, dit-on, à qui l’on attribue en Grèce tous les méfaits dont on ne connaît pas l’auteur. L’intérieur de l’édifice se compose de deux chambres : la première, circulaire et en forme de dôme, n’a pas moins de douze mètres de hauteur. À la lueur des fascines allumées par des habitans de Kharvati qui nous accompagnaient, il nous a été possible de constater le mode de construction du dôme qui n’a d’une voûte que l’apparence : les pierres sont disposées par assises annulaires horizontales, en encorbellement : au sommet, un simple couvercle occupe la place de la clé de voûte. L’intérieur était jadis luxueusement orné : les parois nues portent encore la trace des clous servant à fixer les plaques d’airain dont elles étaient revêtues. Le métal a naturellement été enlevé, mais l’existence de ce revêtement est d’autant moins douteux que nous savons par les auteurs anciens le goût des Grecs pour ce genre de décoration intérieure de leurs palais. Une seconde chambre plus petite et taillée dans le roc s’ouvre au fond de la première : on la prendrait volontiers pour une chambre sépulcrale. Nous ne pensons pas pourtant que la trésorerie des Atrides ait jamais eu d’autre destination que celle que lui attribue la tradition d’accord avec Pausanias. Malheureusement il n’y a plus trace des trésors qu’elle renfermait : elle est vide, et depuis bien longtemps sans doute. On raconte qu’un des derniers gouverneurs turcs, Véli-Pacha, grand amateur d’antiquités pour les vendre, y a trouvé de précieux objets d’or et d’argent, mais c’est douteux, et, en tout cas, ces trouvailles auraient été dispersées. — On connaît à Mycènes plusieurs autres monumens du même genre, dont un, situé auprès de la porte de l’acropole, a été exploré par Mme Schliemann, pendant que son mari dirigeait ailleurs ses recherches. Les débris qui en ont été extraits n’ont pas donné les résultats attendus : on n’y a guère trouvé que des objets provenant de ceux mêmes qui une première fois avaient fouillé le monument dans des intentions probablement moins pures que celles de Mme Schliemann. Le mode de construction de l’édifice se rapproche de celui que nous avons décrit, et l’âge présumé est le même.