Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/861

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

fournit même un plan du XVIe arrondissement, portant indication des poudrières et des barricades. Il fit plusieurs voyages dans le dessein de hâter la délivrance de Paris, et, lorsque le 21 mai survint, il était déjà depuis douze jours en relation avec le général Félix Douay, commandant en chef du 4e corps de l’armée française. Dans la matinée du 21, M. Fucatel reconnut que toute la zone des fortifications, depuis Auteuil jusqu’au Point-du-Jour, était déserte; dans la route militaire, sur les bastions, dans les postes, dans les cabarets, personne; les fédérés avaient disparu. Il sortit, il fit sa ronde avec soin et constata un abandon trop général pour n’être pas systématique. Dans sa longue et minutieuse inspection, il ne rencontra que trois ou quatre insurgés réfugiés dans une cave; à travers le soupirail, il échangea avec eux quelques injures, et même, je crois, quelques coups de revolver. De toutes les portes, la porte de Saint-Cloud, ruinée par l’artillerie, lui parut la plus praticable à une escalade possible. Du haut d’une maison, il vit que les avant-postes français, abrités derrière la gabionnade d’une tranchée, n’étaient pas à plus de 60 mètres. Peut-être réussirait-il à faire comprendre des signaux et à attirer vers lui nos soldats dans la ville déserte. Parmi les débris d’une masure effondrée, il prit un manche de râteau, y attacha un foulard blanc qui lui servait de cravate, grimpa sur le bastion éboulé et agita son drapeau. Le feu de Montretout était terrible à ce moment. M. Ducatel disparut plus d’une fois au milieu des nuages de poussière que les projectiles soulevaient autour de lui en éclatant. Il criait : « Venez, la route est libre. » Sa voix, perdue dans la rumeur des obus et trop éloignée, ne parvenait pas jusqu’aux soldats. M. Duchâtel risquait fort d’être tué par ceux-là même au-devant desquels il courait si valeureusement, lorsque le capitaine de frégate Trêve l’aperçut.

M. Trêve est un petit homme très actif, de conception rapide, et naturellement intrépide; que faisait-il près de la porte de Saint-Cloud? Il y était en « amateur » poussé par une idée qui le tourmentait depuis plusieurs jours. Lui aussi, placé au-delà du rempart, il avait remarqué que l’insurrection restait bien silencieuse; plus de ces belles salves d’artillerie, plus de ces fusillades retentissantes chères aux cœurs des fédérés. Depuis le 19 mai, le commandant Trêve examinait l’enceinte aux environs du Point-du-Jour, et se demandait si une surprise ne serait pas possible. A cet égard, son opinion était faite, et il s’en était ouvert au colonel Piquemal, chef d’état-major du général Vergé. Il était donc là, rôdant le long des fortifications, cherchant peut-être de l’œil l’endroit où l’escalade serait moins difficile, lorsqu’il vit Ducatel qui faisait bavoler son foulard blanc devenu drapeau parlementaire. Il fit mm mouvement pour courir vers lui, les soldats le retinrent : — N’y allez pas,