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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/779

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de ses rois, une activité singulière et une rare énergie. Les périodes mêmes de troubles intérieurs avaient retrempé le caractère national, comme les guerres extérieures avaient grandement élargi le cercle de ses idées. Dès lors, parlant la même langue, imbu des mêmes idées, agité de passions semblables, sentant à Paris les battemens de son cœur et jusqu’au fond des provinces les plus reculées entendant l’écho de ses aspirations, ce peuple était vivant, indestructible, capable de défier quiconque aurait voulu l’entamer, capable, et il l’a montré, de se lever tout entier pour défendre ses libertés et pour résister à l’Europe coalisée. Alors a pu commencer une ère nouvelle. La mission de la dynastie capétienne était irrévocablement terminée.

Il n’est pas possible de mettre en doute cette mission quand on voit que la dynastie capétienne a compté des rois supérieurs aussi longtemps qu’elle a eu de grandes choses à faire. L’œuvre était à peu près accomplie à la mort de Louis XIV. On dirait que dès lors ses successeurs n’eurent plus d’autre rôle que de déshonorer le pouvoir royal par leurs vices. A cet égard, le régent et Louis XV furent dignes de cette triste tâche. Puis vint Louis XVI, doué de plusieurs des qualités qui honorent l’homme, mais dépourvu des dons qui caractérisent un grand roi. Il ne sut ni vouloir ni empêcher la révolution. Enveloppé dès le début de son règne par ce formidable orage au milieu duquel il devait périr, accablé par la fatalité de sa situation semblable à la fatalité du théâtre antique, le front tout chargé des fautes de ses prédécesseurs immédiats, il a été entraîné dans la tourmente parce que, roi de l’ère ancienne, il n’avait ni le désir sincère, ni, avouons-le, la possibilité d’être roi de l’ère nouvelle.

Mais jusques et y compris Louis XIV, quelle remarquable succession de princes supérieurs ! Tous eurent à traverser des épreuves redoutables d’où ils sortirent plus puissans. C’est en luttant contre les petits feudataires de l’Ile-de-France que Louis le Gros éleva le pouvoir royal au-dessus du pouvoir féodal sur le territoire alors si restreint de la dynastie capétienne. C’est en luttant contre les Anglais, et en leur enlevant la Normandie, l’Anjou et la Guyenne, que Philippe-Auguste éleva la dynastie centrale au-dessus de toutes les autres dynasties provinciales. Saint Louis se forma par la guerre des barons, Charles V par la révolte des villes, Charles VII par la guerre des Armagnacs et des Bourguignons. Louis XI trouva dans la résistance des dynasties apanagées le moyen de rattacher de nouvelles provinces au noyau agrandi de la France. La ligue fournit à Henri IV l’occasion de dominer les partis religieux, comme la révolte des grands permit à Richelieu et à Louis XIII de rendre incontesté