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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/693

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pour se plaindre de ce qu’on mettait trop de pièces de 5 francs en circulation; elle disait qu’elle était en principe pour le maintien du double étalon, mais qu’en fait, dans les circonstances actuelles, elle était obligée de reconnaître que les pièces de 5 francs n’étaient plus recherchées.

Les preuves surabondent pour démontrer l’infériorité du métal d’argent par rapport à l’or et l’impossibilité où l’on est aujourd’hui d’en faire un étalon monétaire principal. Depuis deux ans, l’Inde, la Chine, l’Inde particulièrement, en ont absorbé des quantités considérables, d’autant plus considérables que, comme il baissait de prix, il en fallait davantage pour les besoins de la circulation. Les statistiques anglaises établissent qu’en 1876, par exemple, l’Inde a reçu pour 225 millions d’argent et en 1877 pour 325. Eh bien, malgré cette absorption, sensiblement plus forte que celle qui avait eu lieu les années précédentes, le prix de l’argent n’a pas monté, il est toujours à 9 ou 10 pour 100 de perte, à 53 ou 54 deniers l’once standard en Angleterre, lorsque le pair est à 60 deniers et demi. Et cependant les mines d’argent nouvellement découvertes, et de l’abondance desquelles il y avait peut-être lieu de s’effrayer, n’ont pas donné, soit par calcul de la part de ceux qui les exploitent, soit pour d’autres raisons, autant qu’on le supposait. Et cependant encore les États-Unis, ce grand pays de près de 50 millions d’habitans, qui fait un commerce considérable et qui a besoin pour cela de beaucoup d’instrumens d’échange, et particulièrement d’instrumens métalliques, à la veille où il est de reprendre les paiemens en espèces, ce grand pays s’est prononcé pour le double étalon et le remonnayage de l’argent, et, depuis que cette mesure a été votée, qu’elle est déjà mise en pratique par l’approvisionnement d’argent qu’on se hâte de faire au-delà de l’Atlantique, le métal reste toujours à 10 pour 100 de perte. Que veut-on de plus concluant pour montrer que l’argent est aujourd’hui condamné comme monnaie principale et qu’il ne peut plus revenir à l’ancien rapport avec l’or? On l’a si bien senti en Amérique même que toutes les valeurs publiques ont baissé de prix. On a compris, avec cet instinct qui nous rend si perspicaces sur nos intérêts, que la monnaie légale avec laquelle on serait payé n’aurait plus la valeur que la loi lui attribue, et serait dépréciée. Il ne faut pas s’y tromper, les États-Unis ont bien décidé en principe qu’ils auraient le double étalon, l’or et l’argent, mais en fait ils n’en auront jamais qu’un, celui qui aura le moins de valeur, c’est-à-dire l’argent. Les Américains nous convient à une conférence internationale, ils veulent nous faire partager les embarras dans lesquels ils se sont mis imprudemment. Cela ressemble un peu trop à la fable du renard qui avait la queue coupée