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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/661

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s’occuper de ces finesses, on répond en montrant sur les rôles de prestation le manouvrier vivant de son travail au jour le jour taxé autant que le notaire, le petit cultivateur autant que le médecin, et tous imposés pour l’entretien de chemins dont profite sans bourse délier le riche étranger qui vient chaque année passer six mois avec chevaux et domestiques dans son château. Au surplus la question sera sans doute discutée bientôt au grand jour de la tribune, car la chambre des députés est saisie par l’initiative de ses membres de plusieurs propositions à ce sujet. Il est désirable qu’il en résulte un allégement au profit de ceux qui n’ont d’autre instrument de travail que leurs bras ; quant aux autres citoyens, les chemins leur sont à tous d’une telle utilité, quoique à des degrés divers, que l’on ne peut les plaindre de payer des taxes calculées au prorata du nombre de chevaux dont chacun se sert. Sous cette forme, la prestation n’est plus qu’une sorte de péage par abonnement.

Somme toute, le budget des routes et des chemins est largement doté, sans que les sources auxquelles il s’alimente puissent tarir la richesse publique. La combinaison de trésorerie connue sous le nom de caisse des chemins vicinaux permet aux communes arriérées de se procurer tout de suite, à un faible taux d’intérêt, le capital nécessaire à l’établissement des chemins qui leur manquent. Les services de construction et d’entretien sont bien organisés. N’y a-t-il plus rien à innover en dehors de certaines modifications administratives ou financières d’une portée restreinte? Mais non, il n’est pas dans la destinée de l’homme de jamais arriver au bout de sa tâche. Les chemins de fer, qui font circuler par grosses masses et à grande vitesse les productions du sol d’un bout de la France à l’autre, vont être bientôt achevés ; les grandes routes sont terminées depuis longtemps; le réseau des chemins vicinaux qui pénètrent jusqu’aux hameaux et aux maisons isolées sera complet un jour ou l’autre; il n’y aura plus, dira-t-on, que la charge annuelle d’entretenir en bon état ces voies vivifiantes. Dès maintenant, avant que la tâche en cours d’exécution soit accomplie, il est aisé de prévoir qu’un nouveau mode de transport réclamera dans un avenir rapproché sa place au budget des travaux publics. Par divers motifs, il n’est pas possible d’ajourner davantage la création des tramways et des chemins de fer sur route.

Que l’on veuille bien se rappeler ce que nous avons dit des soins qu’exige l’entretien des chaussées. On a calculé, d’après des documens officiels, que pour compenser l’usure produite par le roulage, pour maintenir l’empierrement d’épaisseur constante, il faut fournir chaque hiver environ AS mètres cubes de cailloux par kilomètre aux routes nationales. C’est une consommation annuelle de plus de 1,700,000 mètres cubes. On sait aussi que le roulage