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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/639

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redevenait donc une affaire provinciale ; aussi étaient-elles dans un déplorable état d’abandon. Hormis le passage des rivières et l’intérieur des villes, on n’y voyait pas trace de main d’homme. Des sentiers à travers la campagne, sans largeur régulière, exposés aux anticipations des riverains, défoncés par les pluies, bouleversés par les laboureurs, telles étaient les routes au XVIe siècle. On voyageait le plus souvent à cheval, par petites journées, s’arrêtant chaque soir. Les voitures de transport en commun pour les personnes étaient encore inconnues.

Colbert, devenu contrôleur-général des finances, eut, dans ses attributions multiples, la direction des travaux publics ; il sut organiser cette branche de l’administration du royaume avec le soin que son esprit actif et judicieux apportait en toutes choses. Ce qui lui manquait le plus tout d’abord, c’étaient des auxiliaires qui fussent dans les provinces les exécuteurs fidèles de la volonté royale. Ne pouvant compter sur les officiers de finances, trop négligens d’habitude par cela seul que l’achat de leurs charges leur conférait l’inamovibilité, il s’adressait de préférence aux intendans de justice, police et finances que peu à peu on avait établis à demeure en chaque généralité. Ceux-ci n’étaient pas, comme les trésoriers de France, des magistrats en possession d’offices héréditaires ; c’étaient les représentans dévoués de l’autorité centrale, qui les nommait, déplaçait ou révoquait sans qu’il y eût besoin de faire enregistrer au parlement leurs lettres de créance. Toutefois l’intendant n’aurait pas suffi à traiter seul les innombrables affaires qui lui incombaient. L’usage s’établit de lui adjoindre, sous le titre de commissaire pour les ponts et chaussées, l’un des trésoriers, de la généralité avec mission de visiter les routes et d’y faire exécuter les réparations nécessaires. La volumineuse correspondance de Colbert témoigne qu’il veille avec une application constante à ce que l’intendant et son adjoint s’occupent sérieusement des voies de communication. Il leur adresse tantôt des circulaires, tantôt des lettres particulières au sujet de tel ou tel travail. Parfois il les loue de ce qu’ils ont fait, ailleurs il les gourmande parce que les routes sont en mauvais état. Tout intendant qui arrive dans sa province doit parcourir sans retard les grands chemins dont le bon entretien intéresse le commerce et le bien public. Le trésorier-commissaire est tenu de les visiter deux fois l’an : au printemps, pour examiner les travaux à faire, à l’automne pour recevoir les ouvrages exécutés pendant la belle saison. Colbert exige des comptes-rendus mensuels : il entre dans les plus minutieux détails de chiffres et ne craint pas de se prononcer quelquefois sur les questions techniques. Ce fut utile sans doute à une époque où tout était à faire; mais ne peut-on accuser l’illustre ministre de Louis XIV d’avoir été l’un des créateurs