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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/638

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Loire, dont le vaste bassin était déjà ravagé par les crues. Il est vraisemblable que, dès l’ère carlovingienne, peut-être avant, les riverains commencèrent à endiguer le lit entre des turcies ou levées qui ont acquis peu à peu un si colossal développement. Au lieu de laisser aux eaux un libre épanchement sur des champs que le limon aurait engraissés, les ingénieurs de l’ancien temps imaginèrent de resserrer le flot entre deux digues prétendues insubmersibles qu’il fallut à chaque siècle exhausser et renforcer davantage.

Il n’y avait alors ni magistrats ni fonctionnaires qui eussent charge spéciale de visiter et d’entretenir les voies de communication. Les prévôts, baillis et autres délégués de l’autorité royale entre lesquels se partageait l’administration publique avaient bien mission de veiller à l’emploi des deniers recueillis par les péagers. Souvent peu scrupuleux, ils détournaient à leur profit l’argent versé par le public. Un fait à noter est que la juridiction des prévôts des grandes villes s’étendait, en matière de voirie, bien au-delà des limites de la commune. Celui de Paris entretenait non-seulement le pavé de la capitale, mais encore jusqu’à vingt lieues de distance les chemins qui, disent les lettres patentes de 1388, sont « tellement dommages, empires et effondrés que, en plusieurs lieux, on ne peut bonnement aller à cheval ni à charroi sans très grands périls et inconvéniens ni y amener des vivres et des denrées pour le gouvernement du peuple. » Et ledit bailli avait pouvoir de contraindre les habitans des villes voisines à refaire les chaussées, ponts et passages qui conduisaient à Paris. Au commencement du XVIe siècle apparaissent des officiers royaux, les trésoriers de France, administrateurs, financiers et magistrats, qui, depuis leur origine jusqu’à la création des intendans, furent les agens actifs de l’autorité centrale en matière de travaux publics. Par malheur les offices des trésoriers de France étaient des charges vénales, ce qui fut cause qu’ils échurent à des hommes plus occupés de leurs propres affaires que de celles du public.

C’est qu’au fond l’absence de toute centralisation était alors l’obstacle sérieux aux entreprises d’utilité générale. Les magistrats locaux ne savaient ni ce qu’il fallait faire ni en quel temps il fallait faire quelque chose. Lorsque Henri IV voulut réformer l’administration du royaume, l’un de ses principaux actes fut d’instituer un grand voyer de France. Sully, qui en exerçait les fonctions, se hâta de nommer un voyer dans chaque province pour exécuter ses ordres. Cet essai fut éphémère. En 1621, les caisses du trésor étant vides, le roi éprouva le besoin de créer de nouveaux offices de trésoriers de France, afin de s’en faire payer l’investiture; en les créant, il ne put faire autrement que de leur accorder des attributions, et la charge de grand voyer fut abolie. Le soin des routes