Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/619

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’étendue. Il ne faut pas représenter notre capitale comme infestée et attristée à la fois par une bande innombrable de jeunes malfaiteurs qui encombreraient nos rues et troubleraient la sécurité publique. Cette bande existe sans doute; elle est assurément trop nombreuse et nous en rencontrons souvent des échantillons. Elle ne s’étale point cependant à l’état d’une plaie vive et d’un péril permanent, et il ne faut pas oublier que des mesures vigoureuses, sinon encore suffisamment efficaces, sont prises par l’administration et par la charité publique ou privée pour en combattre l’extension. Pour être mieux en état d’apprécier l’efficacité de ces mesures et de rechercher si elles ne doivent pas recevoir quelque complément nécessaire, il est intéressant de s’arrêter encore un instant à cette question du vagabondage et de la mendicité et de rechercher quelles en sont les causes et les formes.


III.

Parmi les causes principales du vagabondage, au premier rang peut-être il faut placer l’instinct. « Le vagabondage, c’est dans le sang, » me disait un directeur de prison, et l’axiome n’est pas moins vrai pour les enfans que pour les adultes. Les charmes du vagabondage n’ont-ils pas été célébrés par un poète populaire en vers que tout le monde sait par cœur :

Voir, c’est avoir; toujours courir,

Vie errante Est chose enivrante ; Voir, c’est avoir; toujours courir,

Car tout voir c’est tout conquérir.


Dès l’âge le plus tendre, l’enfant est tenté par cette ivresse comme par ces conquêtes, et lorsqu’une fois il en a goûté, c’est une habitude qu’il n’est pas aisé de lui faire perdre. Quoi d’étonnant qu’il préfère la vie errante au soleil ou même dans la boue de Paris au travail ardu de l’école ou au séjour à la maison paternelle dans des conditions que je décrirai tout à l’heure. Paris n’a-t-il pas en effet, pour lui comme pour nous, des plaisirs qui varient selon les saisons? L’hiver, c’est pour lui que dès quatre heures les boutiques s’allument éclatantes de gaz et étalent devant ses yeux éblouis des merveilles dont il rêve vaguement la possession. Aux environs du 1er janvier, les quelques sous qu’il gagnera en ouvrant la portière des voitures à l’entrée des riches magasins ne lui permettront-ils pas de faire à son tour quelque emplette aux échoppes du boulevard? Qui sait, peut-être en économisant arrivera-t-il