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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/613

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sous cette affectation gouailleuse une émotion et des larmes dont leurs camarades les feraient rougir.

Un spectacle un peu différent attend le visiteur dans le quartier réservé aux femmes. Ce quartier étant plus exigu encore que celui des hommes, et la population à certains jours n’y étant guère moindre, aucune installation distincte n’a pu être réservée pour les enfans. Si une petite fille, arrêtée ou abandonnée sur la voie publique, paraît d’une complexion plus délicate et plus fine que les autres, on l’envoie directement à l’infirmerie, qui est le paradis terrestre du dépôt, et où les soins ne lui manqueront pas. Les autres sont placées dans la grande salle commune des prévenues, d’où l’on a pris soin à la vérité d’exclure les grandes criminelles et les proxénètes. Les enfans abandonnées sont marquées d’un numéro qui est cousu dans le dos de leur petite robe et qui sert à les reconnaître lorsqu’elles sont en bas âge. Les enfans arrêtées, généralement plus âgées, répondent à l’appel de leurs noms. L’instinct maternel est si fort, même chez les femmes les plus dégradées, que ces enfans sont l’objet des soins les plus empressés de la part des prévenues. « C’est à qui les aura, » me disait la sœur, et je ne crois pas en effet qu’au point de vue matériel il y ait à craindre qu’ils manquent de soins. Mais en est-il de même au point de vue moral, et pour des petites filles de dix à douze ans, comme j’en ai vu dans cette salle, qui vous débitent une histoire apprêtée et se détournent ensuite pour cacher leurs rires, le contact des prévenues de droit commun, ne durât-il que deux jours, est-il sans inconvéniens ? Je ne le crois pas. Aussi n’y a-t-il, suivant moi, qu’un mot pour caractériser l’installation du dépôt central en ce qui concerne les enfans des deux sexes : elle est détestable. La seule organisation rationnelle eût été de séparer absolument les uns des autres, durant cette courte durée de leur première détention, des enfans qui ne peuvent se communiquer que leurs maladies et leurs vices. A cette condition, la prolongation, aujourd’hui si regrettable, du séjour des enfans au dépôt ne présenterait aucun inconvénient ; mais il faudrait pour cela qu’on pût agrandir le dépôt en y ajoutant un nombre assez considérable de cellules. Or tout espoir de voir agrandir le dépôt paraît abandonné depuis que, contrairement au vœu exprimé par le parquet de la Seine, les terrains laissés libres par l’incendie de l’ancienne préfecture de police ont été consacrés à l’édification de nouveaux bâtimens qui sont venus enlever au dépôt le peu de jour et d’air dont il jouissait. Il faut donc aujourd’hui se borner à demander que les enquêtes entreprises par la préfecture de police ou par le parquet soient conduites aussi rapidement que possible, et qu’à moins de raisons graves tirées de l’intérêt des enfans on n’hésite pas à les écrouer régulièrement à la Petite-Roquette, dût-on par là grossir