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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/557

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blait ne laisser aucun doute sur la réalité du dépôt réclamé ; aucun d’eux, ni le secrétaire-général, ni le contrôleur, ni le caissier principal, ne put fournir une explication satisfaisante ; chacun se contenta de déclarer que les diamans n’étaient point à la Banque[1].

On était fort embarrassé. Il y avait là un problème dont la solution échappait. M. Marsaud prit le procès-verbal, le relut très attentivement ; il fit remarquer qu’il était spécifié que la Banque prendrait pour ce dépôt le soin qu’elle prend pour la conservation de son encaisse ; plus loin le gouverneur déclare qu’il prendra les mêmes précautions que pour les valeurs de la Banque. — Eh bien ? dit Beslay. — Eh bien, répondit M. Marsaud avec son fin sourire, l’encaisse et les valeurs de la Banque ont été emportées loin de Paris à la fin d’août et dans les premiers jours de septembre ; il est fort probable que les diamans de la couronne ont suivi la même route ; le gouverneur se sera directement arrangé avec les ministres, et nous n’en aurons rien su. — Charles Beslay, qui ne demandait qu’à gagner du temps, auquel une exécution de vive force contre la Banque eût singuhèrement répugné et qui ne pouvait douter de l’irréprochable loyauté de ses contradicteurs, Beslay se sentit ébranlé. M. de Plœuc s’en aperçut : — Il y a, dit-il, un moyen bien simple de savoir la vérité, car il est évident que nous l’ignorons, et que M. Rouland seul la connaît. Faites-nous donner un laisser-passer au nom de M. de Lisa, l’un de nos inspecteurs ; M. de Lisa se rendra sans délai à Versailles, verra M. Rouland, et demain nous saurons exactement à quoi nous en tenir. — Mais, dit Beslay, j’ai promis à la commission exécutive de lui rapporter une réponse aujourd’hui avant quatre heures. — Vous la prierez d’attendre ; un jour de plus ou de moins c’est peu de chose en pareille circonstance. Beslay se leva : — Vous avez raison ; je ne puis, du reste, me figurer que vous vouliez me tromper ; je vais chez Raoul Rigault. — Une heure après M. de Lisa avait son laisser-passer et pouvait partir pour Versailles. Le soir, le conseil-général de la Banque se réunit en séance extraordinaire pour entendre le récit des faits qui s’étaient produits dans la journée ; on rappela alors que déjà cette question des diamans de la couronne avait été soulevée ; que M. de Kératry, préfet de police après le à septembre, avait questionné à cet égard M. Rouland, qui l’avait simplement renvoyé à M. Ernest Picard, ministre des finances ; que les journaux avaient prétendu à cette époque que les diamans étaient à la Banque, et que M. Marsaud avait adressé une

  1. Les diamans de la couronne, composés de 77, 486 pierres pesant ensemble 19, 141 karats, ont été évalués, lors du dernier inventaire qui date du 27 janvier 1818, à 20, 318, 551 fr. 80 cent. Dans cette somme, le régent, dont le poids dépasse 130 karats, est compté pour 12 millions ; on estime qu’aujourd’hui la valeur de ces pierres s’élèverait à une trentaine de millions.