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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/551

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par dire : — Nous sommes organisés selon le vœu de la loi, et en gar- dant nous-mêmes la Banque, à laquelle nous appartenons, nous nous conformons strictement au décret du 2 septembre 1792. Ce fut de l'hébreu pour les interlocuteurs du commandant Bernard, qui leur offrit gravement le document que voici : « 2 septembre 1792 : L'assemblée nationale décrète que tous les secrétaires, commis des bureaux de l'assemblée nationale, ceux des ministères et autres administrations publiques, seront tenus, dans les dangers de la pa- trie et aux signaux d'alarme, de se rendre sur-le-champ dans leurs bureaux qui deviennent pour eux le poste du citoyen. » C'est Eu- gène Duclerc qui, ministre des finances en IShS, avait exhumé ce décret, dont la Banque avait le bon esprit de se servir au moment opportun. Il n'y avait rien à répliquer; le texte de la loi était for- mel et la date, — 2 septembre 1792, — date des massacres dans les prisons, le rendait sacré à des gens qui ne devaient point reculer devant le pétrole allumé et devant regorgement de la rue Haxo. Séance tenante, il fut convenu que les trois compagnies de la Ean- que seraient divisées en cinq, de façon à former un bataillon com- plet ; que le mot d'ordre serait remis chaque soir au commandant et que le poste de la rue de La Vrillière serait réoccupé et gardé militairement par les employés. C'est tout ce que l'on désirait, et le commandant Bernard put rentrer à la Banque en disant : « Bataille gagnée. » Il eut soin cependant de ne mettre entre les mains des hommes qui étaient de service au poste extérieur que des fusils à percussion, afin de laisser ignorer au public et surtout à la com- mune que la Banque possédait une bonne réserve de fusils Chas- sepot et de fusils à tabatière.

Non-seulement le bataillon de la Banque était maintenu dans son très important privilège de se garder lui-même, mais, grâce à l'en- tregent des officiers et à la conduite diplomatique du commandant Bernard, on vivait en très bonne intelligence avec le bataillon sé- dentaire cantonné au Palais-Boyal, et dont le chef s'appelait Marigot. Les relations étaient si cordiales que l'on se fit « des politesses » et qu'avec l'autorisation du marquis de Plœuc le bataillon de la Banque invita le bataillon du Palais-Boyal à déjeuner. On « fraternisa » à la buvette que l'administration a fait établir dans les sous-sols, ce qui permet aux employés d'être nourris abondamment et à prix réduit. On se quitta bons amis en échangeant force poignées de main et en se disant au revoir. Le commandant Marigot ne se tenait pas d'aise, il avait le vin chevaleresque et disait : — Si jamais on vous attaque, venez me chercher, j'arriverai avec mon bataillon, et vous verrez ce que je sais faire ! — Ce n'était point un méchant homme, mais il aimait à « rigoler, » c'était son mot, et ça l'a mené