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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/484

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cet asile s’ouvrait, suivant la vocation qu’on croyait reconnaître en elles, une destinée bien différente. Les unes, et c’étaient celles qui, dans le Conservatoire, avaient donné par leur conduite le plus de sujets de satisfaction, entraient de dix à quatorze ans dans une sorte de pensionnat à la tête duquel était une abbesse, et, lorsqu’elles persévéraient dans leur bonne conduite, elles étaient admises, aussitôt que leur âge le permettait, à prendre le voile sous le nom d’oblates. À partir de leur prise d’habit, elles menaient aux frais du couvent une vie de pieuse oisiveté, pourvues d’une petite pension qui suffisait à peine à les préserver de la faim. Quant aux autres, à celles qui inspiraient le moins de confiance, on se bornait à les instruire dans d’humbles travaux ; mais elles avaient l’espérance de trouver à se marier, grâce à l’appât d’une dot de 50 ducats que l’hospice fournissait chaque année à deux d’entre elles. Lors de leur mariage, les jeunes filles du Conservatoire n’étaient pas obligées de quitter l’établissement et pouvaient même conserver auprès d’elles leurs enfans jusqu’à l’âge de huit ans. Passé cet âge, elles devaient les placer en apprentissage ou les faire admettre au petit séminaire qui dépend également de l’œuvre. Les femmes mariées qui continuaient à demeurer dans l’établissement étaient libres de sortir, mais seulement accompagnées de leur mari.

La nouvelle législation italienne est venue bouleverser cet état de choses plutôt singulier, en mettant fin, par une mesure assez arbitraire, il faut en convenir, au recrutement des oblates. Aujourd’hui les jeunes filles admises au couvent doivent en sortir à vingt-cinq ans. Mais en même temps une sage réforme intérieure a introduit dans leur enseignement l’apprentissage de métiers utiles. Celles qui n’ont pas de famille trouveront à leur sortie l’appui et la surveillance d’une œuvre de patronage à laquelle la duchesse Ravaschieri s’est vouée avec une ardeur qui ne saurait manquer d’aboutir au succès, et je ne crois pas qu’au point de vue de la charité bien entendue, l’œuvre de Saint-Pierre et Saint-janvier ait perdu à voir ses statuts remaniés par la main un peu rude du gouvernement italien.

Plus particulière et plus différente encore de toutes les organisations charitables que nous connaissons est celle du Pieux-Mont-de-la-Miséricorde, dont l’origine, si elle n’était historique, paraîtrait tenir un peu de la légende. Un vendredi du mois d’août 1601, sept jeunes gentilshommes qui appartenaient aux premières familles de Naples, ayant été empêchés par le mauvais temps de se rendre à une partie de plaisir projetée à Pausilippe, eurent l’idée de consacrer au soulagement des malades de l’hôpital de Sainte-Marie-du-Peuple les 33 carlins qu’ils avaient réunis pour leur expédition joyeuse. De là à se réunir le vendredi de chaque semaine pour visiter les malades de ce même hôpital, il n’y eut qu’un pas, et ces jeunes gens, réunissant leurs ressources et