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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/481

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D’harmonieux accords, quand, gorgé de liqueur,
Mon bec est tout noirci de l’humide couleur.

(Le roseau taillé en plume.)


Que d’un corps, sous ses doigts, le maître me revête,
De la langue je suis le visible interprète.

(Le caractère, alphabétique.)


D’une belle forêt enfant rapide et long,
Je m’avance entouré d’un cortége profond ;
Sur cent chemins je cours, je glisse, je voltige,
Et jamais de mes pas n’y laisse aucun vestige.

(Le vaisseau.)


Partout, d’un bout à l’autre, avec art introduit,
Un feu va serpentant et jamais il ne nuit ;
 Au centre, la chaleur ne cause nulle crainte :
Car les hôtes sont nus, à l’égal de l’enceinte.

(Thermes, ou bains chauds.)

Apollonius, qui a deviné, répond à sa fille par les énigmes qui vont suivre :

Si, déposant mon deuil, j’accomplissais tes vœux,
Je pourrais sans péril descendre dans les feux.

(Thermes, ou bains chauds.)


J’ai sur un fer unique une pointe jumelle ;
Je tiens tête à l’orage, au flot qui s’amoncelle
Sondant le gouffre amer, de ma tenace dent
J’entame aussi le sein du solide élément.

(Ancre de navire.)


Ne suis lourde par moi, mais je porte un poids d’eau ;
Mes viscères gonflés font un vaste caveau ;
Une goutte est au fond, et dès qu’elle se brise,
Je m’affaisse, je meurs au souffle de la brise.

(Bulle de savon.)


Mon crâne est dégarni, pourtant j’ai des cheveux ;
Au dedans j’ai des crins que je dérobe aux yeux
Dans les plaines de l’air une main exercée
M’envoie, et je reviens, prestement relancée,

(Balle à jouer.)


Sans jamais faire un choix, j’accepte tout visage ;
C’est que rayonne en moi, d’un éclat sans partage,
Un éclair qui ne peut recevoir d’autres traits
Que ceux qui devant lui se sont déjà montrés.

(Miroir.)


Quatre jumelles sœurs qu’assemble un même sort,
Que joint un nœud secret, à l’envi font effort,
Courent à qui mieux mieux, et, luttant de vitesse,
Sans s’atteindre jamais se poursuivent sans cesse.

(Roues de quadrige.)