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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/474

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travaux publics s’accommoderait peut-être souvent de se sentir préservé d’aussi dangereux défenseurs. Franchement il y a des républicains d’un ordre particulier qui semblent avoir toujours peur de laisser venir trop d’alliés à la république et de n’avoir pas une église assez fermée, qui ne reconnaissent que leur propre, compétence et leur propre infaillibilité. Tout ce qui a été décidé dans leurs conciliabules est sacré, et hors de là il n’y a point de salut ! Depuis que les républicains ont la majorité dans la chambre des députés, il n’est plus permis de les contredire sans passer pour un ennemi de l’état. Eux seuls sont des hommes de gouvernement, de grands politiques, de grands administrateurs, de grands financiers, — et malheureusement ils le prouvent quelquefois d’une singulière façon, en ouvrant toute sorte de perspectives de crises nouvelles, en créant une petite agitation permanente autour des questions les plus délicates.

Que disait donc M. Gambetta hier encore en ouvrant la nouvelle commission du budget de 1879 dont il est le président ? Il parlait d’une « république tranquille, légale, forte, laborieuse et pacifique. » Voilà certes une définition rassurante. Eh bien ! qu’on organise donc cette république régulière, libéralement conservatrice, les esprits désintéressés n’en demandent pas davantage ; mais le meilleur moyen d’organiser, d’affermir, d’accréditer cette république sérieuse, ce n’est point à coup sûr de traiter légèrement les finances de l’état, de jouer avec les dégrèvemens ou les emprunts, et ce serait encore moins de livrer à des discussions imprudentes, souvent irritantes, toujours dissolvantes, tout ce qui touche à l’armée, aux institutions et aux mœurs militaires. On cède à des préjugés de parti, on ne s’aperçoit pas que depuis quelque temps particulièrement on crée à M. le ministre de la guerre une situation impossible. Tantôt c’est à propos de quelques officiers de l’armée territoriale qui ont été révoqués, — qui ne peuvent manifestement l’avoir été que parce qu’ils sont républicains ! — et on menace le gouvernement d’une interpellation dans les chambres. Tantôt c’est la gendarmerie qu’on met sur la sellette, qu’on veut rendre au régime civil, à M. le ministre de l’intérieur, qui n’en eut jamais la direction. Un autre jour c’est un officier qui a eu le malheur, — car c’est toujours un malheur pour un officier, — de se placer dans une position d’indiscipline, sous prétexte qu’il y avait des bruits de coups d’état dans l’air, qui a été frappé, — et aussitôt voilà une pétition pour demander par voie parlementaire la réintégration de cet officier. Une commission se forme dans la chambre pour examiner ce qu’il y a de plus délicat au monde, les conditions de la discipline, de l’obéissance militaire, et si M. le ministre de la guerre refuse de comparaître, il est vertement tancé. Tout cela est-il sérieux ? On ne voit pas qu’avec ces procédés on n’arrive qu’à un double résultat : d’un côté on affaiblit l’autorité du ministre de la guerre, d’un autre côté on discrédite un