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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/457

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musicalement, et toute question de sentiment mise à part, se rattachent peut-être moins à lui qu’à Weber, car Weber aussi fut un journaliste, un peintre, un poète, un critique d’art, un épistolier, et malgré tout cela, je me trompe, à cause de tout cela un grand artiste-musicien.

On a tant et tant de fois parlé d’Oberon à propos de la Statue que M. Reyer doit en avoir les oreilles agacées : Oberon, Preciosa, et pour la partie comique, Abu-Hassan, voilà en effet les vraies sources ; mais n’oublions pas que la Statue, représentée il y a dix-sept ans, est une œuvre de début, or en dix-sept ans un esprit alerte et progressif donne sa mesure. Ce que, chez M. Reyer, cette évolution aura produit de définitif, la partition de Sigurd nous le dira tôt ou tard, en attendant contentons-nous de la Statue. Le premier acte, avec son chœur de fumeurs d’opium, sa romance de Margyane, sa caravane et ses djinns, est un tableau très pittoresque ; cela flotte entre Fromentin, Félicien David et Weber, dont l’auteur affectionne certains procédés et nous le montre par l’emploi qu’il aime à faire des cors, des clarinettes et des cors anglais. Je goûte moins le deuxième acte, qui me semble un retour vers l’opéra-comique, genre charmant, mais qu’il faut laisser à Boïeldieu et qui perd le meilleur de ses avantages quand on veut le traiter à l’allemande. En revanche, le duo des deux amans au troisième acte est un morceau des plus dramatiques et fort remarquablement exécuté. Il se pourrait que Mlle Chevrier, qui chante la partie de Margyane, eût trouvé là son occasion. Lorsque l’an dernier cette jeune artiste débuta dans le Cinq-Mars de M. Gounod, personne ne s’occupa d’elle ; le rôle était mauvais, la pièce, malgré toutes les cabales qu’on mit en œuvre pour la soutenir, dut bientôt quitter le répertoire, et depuis l’infortunée princesse de Gonzague ne se montrait plus en quelque sorte qu’à la dérobée. L’extravagant succès de Mlle Vauchelet survenu entre temps avait complété la disgrâce. Mais voici qui va retourner la chance et rendre à cette belle personne les encouragemens qu’elle mérite et méritera encore davantage, si elle réussit à mieux poser le son. Quant à M. Talazac, qui joue Sélim, je n’ai qu’à le féliciter. Ce lauréat du Conservatoire a pris d’emblée possession du théâtre, la voix est belle, aisée à s’émouvoir, très égale et très caressante dans la demi-teinte avec des clairons dans les registres élevés. Jeu bizarre du succès et d la défaite : l’an passé, lorsque M. Talazac luttait côte à côte avec M. Sellier dans les exercices publics du Conservatoire, bien des gens eussent comme nous préjugé en faveur de M. Sellier, et c’est à l’avis contraire que l’événement donne raison ! En serait-il donc des concours comme des courses du bois de Boulogne ? Vous pariez pour la casaque bleue ou verte, et c’est la casaque rouge qui gagne le prix.

On nous annonce une prochaine reprise de Joseph, et nous applaudirons vivement, à cette idée, pourvu que le chef-d’œuvre de Méhul ait cette fois quelque chance de rester au répertoire. Ce qui jusqu’à présent