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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/415

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d’ordre de tous les combats livrés au nom du Vatican, l’espoir et la foi de milliers de prêtres et de millions de fidèles, la promesse d’innombrables prophéties qui, en dépit de continuels démentis, trouvaient toujours créance. Qu’entendait par le triomphe de l’église la foule des âmes qui ne cessait de l’implorer du ciel ? C’était d’abord une nouvelle et définitive restauration de la royauté pontificale, c’était ensuite le rétablissement de l’église dans ses droits et privilèges chez tous les peuples ou les états en lutte avec elle. Cette victoire, cette glorification extérieure de l’église et de la papauté, Pie IX n’a jamais cessé d’y croire ; il semble même avoir jusqu’à la fin espéré en être le témoin. En tout cas, l’on doutait peu autour de lui que le vénérable pontife ne dût avoir cette suprême consolation. Plus les années s’accumulaient sur sa tête, plus les fidèles le croyaient réservé pour le jour du triomphe, comme autrefois les premiers chrétiens s’étaient persuadés que l’apôtre saint Jean était destiné à voir le règne temporel du Christ. Était-ce pour autre chose que, seul de tous les papes, Pie IX avait miraculeusement dépassé les années de Pierre et fait mentir le non videbis annos Petri ? Trois semaines encore avant le décès du souverain pontife, la mort prématurée du roi Victor-Emmanuel encourageait une dernière fois les visions et les prophéties fondées sur la vieillesse du pape détrôné.

Le triomphe de l’église, Pie IX l’attendait de chaque révolution, de chaque guerre, de chaque complication européenne. Tout nuage à l’horizon en paraissait le signe. Le Vatican crut y toucher en 1866, en 1870, en 1877 ; on peut dire que Pie IX a été détrôné au milieu d’une guerre dont il espérait la restitution de ses provinces perdues. Obsédée de cette sorte d’idée fixe, la cour de Rome spéculait sur les combinaisons les plus bizarres, fondant tour à tour ses calculs sur la France, sur l’Autriche, sur l’Angleterre, sur l’Allemagne même. Refaisant l’histoire universelle à la manière de Bossuet, on se représentait à Rome la Providence comme occupée, à travers tous les bouleversemens de l’Europe, à machiner la restauration du petit état pontifical et la victoire de l’ultramontanisme. Les déceptions ne dessillaient point les yeux. Pie IX a vécu assez pour voir partout les revers des états ou des partis sur lesquels il avait répandu ses bénédictions, pour être témoin des succès des puissances et des gouvernemens qu’il avait chargés de ses anathèmes. Le pape de quatre-vingt-six ans n’a prolongé son existence jusqu’en 1878 que pour assister dans Rome à la paisible transmission de la couronne usurpée par la maison de Savoie, et apprendre, avant de fermer les yeux, la marche victorieuse des Russes sur Constantinople. Aucun de ces coups de la fortune, aucune de ces dures leçons, n’ont entamé