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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/207

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célébra par une grande fête la restauration des images, c’est-à-dire des anciens abus ; on l’appela « fête de l’orthodoxie ; » elle est encore une des principales cérémonies de l’église d’Orient.

Ainsi l’essai de révolution tenté dans la civilisation hellénique par Léon III avait duré cent vingt-cinq ans : chiffre instructif pour nous, puisqu’on n’avait alors ni les journaux, ni les livres imprimés, ni toutes ces voies de communication qui de nos jours précipitent le mouvement des idées. Mais la société grecque n’était pas en tout composée comme la nôtre ; entourée de barbares et de musulmans, elle tenait plus que nous à sa foi religieuse et à ses superstitions, dans lesquelles elle se sentait soutenue par une infinité de religieux, par les foules ignorantes et par les femmes. Les révolutionnaires étaient eux-mêmes des gens de foi d’un esprit plus libéral que les autres et formant en somme la partie la plus éclairée de la nation. De plus, ils ne représentaient pas la majorité. Enfin leur entreprise avait contre elle l’église romaine, et, avec cette église, tout l’Occident. Tant de causes réunies firent que, malgré sa lutte de plus d’un siècle, elle échoua, comme échoua plus tard en France la courte tentative d’Etienne Marcel et comme échouent toutes les entreprises prématurées. Seulement l’hellénisme avait donné au monde un grand exemple en essayant de se réformer lui-même ; ses efforts ne furent point stériles, et la dynastie macédonienne, en adoptant les meilleures des institutions issues de la révolution, put élever l’empire d’Orient à un degré de prospérité qui en fut le point culminant.


III

En effet, « la force d’une réforme réside moins dans ses dispositions législatives que dans l’esprit qui l’anime. » La pensée de la révolution survécut à son échec apparent. Les basses classes de la société durent, bon gré, mal gré, faire des concessions aux classes supérieures et aux idées libérales. On rétablit les images, mais on en interdit l’adoration. On a dit que les iconoclastes avaient tué les arts plastiques ; ils n’ont pu tuer ce qui n’existait pas. D’ailleurs ne voyons-nous pas ce qu’en a fait chez nous l’église catholique, qui pourtant n’a jamais exclu les images ? Les couvens supprimés se relevèrent ; mais on entoura d’obstacles la vie monacale : les couvens furent soumis à l’autorisation de l’évêque ; il fut défendu à tout religieux de leur donner ses biens, les dons et legs aux métropoles et aux évêques furent prohibés. Enfin, fait bien remarquable pour ces temps déjà anciens et qui est demeuré un des caractères les plus constans de l’hellénisme, jamais l’instruction publique ne retomba entre les mains du clergé ni des religieux. La situation des classes agricoles, qui devaient beaucoup à la révolution, se