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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/205

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guère de résistance ; on faisait observer seulement qu’il eût mieux valu instruire le peuple en créant des écoles. Mais nous ne devons pas oublier que les livres étaient chers, qu’ils étaient rares, et que l’imprimerie n’existait pas encore.

La réforme politique et sociale mérite une approbation sans réserve. Le lecteur en jugera par les faits suivans. On ôta les affaires des mains des eunuques. On abolit dans la mesure du possible les supplices barbares. On promulgua deux codes, l’un civil, l’autre rural. La classe agricole fut délivrée dé toute servitude. Le concubinat fut supprimé, le divorce réduit à des cas extrêmes, le régime de la communauté établi et réglé, les droits de la mère égalés à ceux du père, le consentement de l’un et de l’autre exigé pour le mariage des enfans, le mariage permis entre personnes de communions différentes. On créa l’égalité de tous les citoyens devant la loi malgré les empêchemens du droit canon. Ainsi dès le VIIIe siècle l’hellénisme préludait à cette déclaration des droits de l’homme qui n’est devenue la loi européenne que mille ans plus tard. On notera comme un fait curieux que parmi les plus chauds partisans de la réforme se trouvaient les pauliciens. Cette secte très libérale était originaire de Syrie : beaucoup de ses adhérens étaient venus se fixer à Constantinople et en Thrace ; de là ils entretenaient avec la Hongrie, l’Italie et le midi de la France des relations qui ne furent pas étrangères à la réforme protestante du XVIe siècle.

Nous n’avons pas à raconter la querelle des iconoclastes, quoiqu’elle ait été jusqu’ici assez mal comprise. L’Histoire de la civilisation hellénique en donne un excellent résumé, et la grande Histoire écrite en grec par le même auteur la développe abondamment. Rappelons seulement que Constantin V, fils et successeur de Léon III, eut à exécuter les lois du règne précédent, qu’il fut librement soutenu par le concile de 754, et qu’il eut plus d’une fois à vaincre par la force la résistance cléricale et la rébellion. Pendant que la révolution s’accomplissait au dedans, Léon III avait repoussé les Arabes et Constantin les Bulgares ; mais, celui-ci mort, sa belle-fille, l’Athénienne Irène, entreprit de détruire tout ce qu’ils avaient fait. Dominée par le parti monacal, elle domina elle-même son mari, Léon IV, qui mourut subitement, et elle eut l’empire en tutelle. Elle laissa restaurer les couvens et rétablir les images ; elle mit les conservateurs aux affaires, ôta aux libéraux le commandement de l’armée pour le donner à l’eunuque Stavrace, et eut l’habileté d’élever au patriarcat son propre secrétaire Tarase, homme relativement modéré. Comme les légions d’Orient étaient dévouées à la réforme, on usa de ruse pour les désarmer et les licencier, et l’on ôta ainsi à la révolution, mais aussi à l’empire, sa force