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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/198

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lorsque de la politique et de la vie pratique on voulut en venir aux choses de la religion, le monothéisme des Juifs réagit énergiquement contre le paganisme des Hellènes. Les Hellènes subirent à leur tour l’influence des dogmes hébreux : « Jésus, repoussé par les purs enfans d’Israël, fut écouté plus volontiers par les Juifs hellénisans ; les premiers l’ayant d’abord emporté poursuivirent et firent condamner Jésus au supplice ; mais ses disciples sauvèrent par l’hellénisme le Nouveau-Testament. Ils prêchèrent la vérité en grec aux habitans hellénisés de la Palestine et des autres pays de l’Orient. Cette parole devint comme la propriété de l’hellénisme, et les Juifs y restèrent étrangers. »

Toutefois l’auteur omet la partie symbolique ou mythologique de la nouvelle religion ; s’il s’y était arrêté plus longtemps, il aurait certainement reconnu qu’elle procédait, non des Juifs, mais des Perses, et en partie peut-être des Indiens ; et cette fusion des idées en un même corps de doctrines aurait accru dans une certaine mesure la part d’influence qu’il attribue avec raison aux peuples de l’Orient. Quant à l’organisation de l’église, il est démontré qu’elle était purement hellénique et qu’elle fut calquée sur celle des cités de l’Asie-Mineure et de la Grèce. Dans l’église (ecclesia) on retrouvait l’assemblée du peuple, dans le corps des presbytres ou anciens le sénat, dans les épiscopes ou évêques les archontes, dans les fêtes solennelles les panégyries. Ainsi la partie morale et l’organisation de la nouvelle religion furent un produit du génie des Hellènes ; la partie mystique vint de l’Orient et fut seulement acceptée par eux. L’ensemble opéra dans l’espace de quelques siècles cette métamorphose qui du polythéisme ancien les fit passer au christianisme.

Il eût été intéressant de faire ressortir les doctrines sociales qui mirent les nouveaux dogmes en opposition sur certains points avec la société hellénique, doctrines dont elle eut plus tard à souffrir, et qui prirent en Occident un empire plus redoutable encore. La suite de l’histoire les montra à l’œuvre, même aux plus beaux jours de l’empire byzantin. Dans les premiers temps, on n’en sentit pas l’action, et pourtant la métamorphose ne s’accomplit point sans difficultés. D’une part, ceux des Hellènes qui tenaient pour l’indépendance de l’esprit n’accueillirent pas sans résistance un dogme qui en exigeait la soumission absolue. D’un autre côté, ceux qui l’acceptèrent ne se contentèrent pas longtemps des formules trop vagues ou trop peu développées du christianisme naissant ; on en vint aux explications, et de là naquirent ces hérésies qui pendant des siècles partagèrent l’hellénisme en plusieurs camps. Les uns attribuaient une seule nature au Christ, les autres lui en attribuaient deux qu’ils séparaient entièrement ; Arius était