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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/184

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au roi, se plaçait sous les drapeaux, favorables aux protestant, du duc de Bouillon, gouverneur de la Normandie, il refusait de s’enrôler dans l’armée protestante qui suivait Montgommery. Toujours est-il qu’il combattait, avec son corps d’armée, contre le sieur de Matignon, chef des catholiques. La masse populaire, très excitée contre les prédicateurs et les seigneurs attachés à la réforme, procédait par des massacres auxquels des excès du même genre commis par les réformés ne tardaient pas à répondre : « La relevée, on me dit que hier soir il y avait eu à Valognes une si grande émotion populaire qu’on avoyt tué le sieur de Houesville, le sieur de Cosqueville, maistre Gilles Michault, médecin, Gilles Louvet, tailleur, Robert de Verdun, et Jehan Giffart, dict Pontlévesque, et plusieurs blessés ; et les maisons de Cosqueville pillées et destrucytes ; que les corps des deffunst estoyent encore en la rue ce aujourdhuy après mydi ; et les femmes de Vallongnes venoyent encore donner des coups de pierre et de baston sur les dicts corps. »

Pendant ce mois de juin 1562, il n’est question que d’agitations et du tocsin qu’on sonne. Les huguenots se portaient vers les abbayes, ravageaient l’église de Bayeux : le fait est consigné à sa date dans le journal. Les troupes ou bandes de Matignon procédaient de leur côté par exécutions sommaires à l’égard des biens et des individus d’une catégorie suspecte. On croyait voir partout des dangers et des pièges. Gouberville lui-même, un peu avant ces événemens de Valognes, appelé pour ses affaires, couche à Vire avec ses compagnons de voyage. On répand le bruit que ce sont des huguenots arrivant avec arquebuses et pistolets : « Nous fumes parler au lieutenant. Il y avoyt bien deux cents personnes assemblées en la rue. » Toute la politique de Gouberville consiste à éviter de se mêler à ces « esmotions populaires. » Il envoie ses serviteurs à Valognes, à Cherbourg, ne se souciant d’y aller. Les affaires sont suspendues : il ne vend plus, ou vend à perte ; il songe à prendre ses précautions, envoie à Gouberville « pour trouver ug batteau, pour aller en Bessin,… porter aussi des coffres plains de lettres et de hardes, à cause des tumultes pour le faict de la relligion. » Sa sœur Mme de Saint-Naser lui fait demander de venir la voir parce qu’elle était malade, il s’excuse sur une indisposition, mais en fait parce qu’il aurait rencontré monseigneur de Matignon avec ses cavaliers près de Cherbourg. Gouberville est loin de tout dire sur ces événemens. Il craint peut-être que ses notes ne soient découvertes au cas où le château serait envahi. Il ne parle pas de la sanglante revanche prise par les protestans à Valognes. Il nous livre pourtant le secret de ses appréhensions par ces mots, qui indiquent