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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/178

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d’un châtelain de Normandie. Cela s’explique ici par le voisinage de la côte. Le commerce considérable fait avec la Normandie et d’autres provinces y faisait affluer le numéraire. Nous rencontrons désignées ces monnaies qu’on nommait en France et en Europe angelot, blanc, carolus, chevalot, croysades, deniers, doubles, douzains, ducats simples, ducats doubles, écu aux alliances, écu aux ancres, écu pistolet, écu sol, écu soleil, enseigne d’or, francs, gros, horne, impériales doubles, jacques, jocondales, liards, mailles, niquets, nobles à la rose, philippus, demi-philippus, portugayses, réales, saluts d’or, testons. Le manuscrit de Gouberville jette quelque lumière sur plusieurs de ces monnaies oubliées. Il prend soin pour ses comptes de les réduire en livres, sous et deniers. Peut-être y aurait-il à tirer un certain profit de ce travail, examiné de plus près au point de vue spécial de la valeur comparée des monnaies.

J’en viens aux gages et salaires, les uns attribués aux gens de la maison, les autres aux travailleurs venus de dehors. Pour les serviteurs, on trouve fréquemment des gages de 45 ou 50 solz. On en trouve de tels même pour les chambrières. Très souvent, en outre, avec la nourriture, qui, d’après l’état des achats, forme un bon ordinaire d’où la viande n’est pas exclue, on leur assure des avantages accessoires. Ces avantages sont parfois, il est vrai, retenus sur les gages, mais le plus souvent ils sont donnés en surcroît. Tels sont : les chaussures, les pièces de linge, les draps, le vin, le don d’un agneau, etc. C’est là une condition qu’on peut dire satisfaisante, et que rien n’autorise à considérer comme exceptionnelle. Ce devait être à peu près le niveau moyen, établi dans les autres manoirs. Homme, très pratique, Gilles de Gouberville, si généreux qu’il pût être, payait au prix courant. L’usage de compléter les gages des serviteurs par des dons en nature n’est pas non plus exclusivement propre au Mesnil-au-Val. Les travaux de M. Léopold Delisle et de M. de Beaurepaire sur la Normandie à des époques antérieures ont montré cet usage établi dès le XIVe siècle. Seulement on le voit confirmé ici par des preuves nouvelles ; elles attestent qu’il s’était perpétué avec avantage pour les gens de service fort bien entretenus des choses nécessaires à la vie.

Il n’y aurait pourtant rien là de décisif pour juger de la situation des travailleurs qui, ne vivaient pas dans des châteaux. L’abondance des choses dans le pays, attestée par les consommations de ces nombreux serviteurs, est un bon signe pour l’aisance de la masse ; mais rien ne vaut, pour s’en faire une idée, la comparaison de la paie quotidienne avec le prix des choses, du blé surtout. Or il n’y a presque pas un genre de métier ou de travail dont notre exact et diligent économe n’ait inscrit le salaire à