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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/871

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la péninsule. Quel que soit le poids des taxes, le pays les supporte, et il n’y aurait de péril de ce côté que si de nouvelles erreurs financières ou si des aventures politiques venaient aggraver démesurément les charges de l’état. L’Italie, par ses fautes passées, n’a encore fait que reculer l’époque où se pourront réaliser les visions dorées de 1860. Si elle sait être économe, elle pourra éprouver sous le règne d’Humbert Ier que les brillantes promesses des années d’émancipation n’étaient pas un leurre.

Toutes les espérances suscitées par la révolution italienne n’ont pas été trompées. Les rêves de prospérité matérielle ne sont pas encore le seul songe des peuples. Une des choses qui ont le plus contribué à l’unité italienne, c’est le sentiment de l’honneur national, c’est le désir d’assurer à l’Italie une place au milieu des nations de l’Europe. Sous ce rapport, toutes les espérances, toutes les ambitions de la péninsule ont été réalisées, dépassées même dès le règne de son premier roi. L’orgueil national exerce encore chez tous les peuples un grand empire. Nulle part peut-être ce sentiment n’est plus puissant aujourd’hui que dans la patrie si longtemps humiliée de Mazzini et de Manin. A cet égard, il n’y a ni droite ni gauche, ni septentrionaux, ni méridionaux ; Lombards, Romains, Napolitains, sont également fiers d’appartenir à une grande nation. L’Italien aime généralement à faire figure, il est heureux de voir l’Italie prendre son rang parmi ces grandes puissances qui naguère encore n’avaient pour elle que des dédains. L’Italie est honorée, courtisée même des gouvernemens et des princes étrangers, qui à son endroit semblent rivaliser de prévenances ; elle est d’autant moins insensible à de tels hommages que ses anciens gouvernemens l’y avaient moins habituée. Aussi en jouit-elle avec une sorte de naïveté, à la façon d’une jeune fille qui vient de faire son entrée dans le monde. Ce n’est là de sa part qu’une légitime vanité. A ce titre, les funérailles de Victor-Emmanuel ont pu justement flatter l’amour-propre national. La part qu’ont prise au deuil de la péninsule les gouvernemens, les dynasties, les parlemens étrangers, n’était pas seulement une reconnaissance et comme une nouvelle consécration de l’unité italienne dans sa capitale ; tout Italien a senti que ces témoignages d’honneur rendus à Victor-Emmanuel étaient des hommages à l’Italie autant qu’à son roi.

Quand un peuple est animé d’un tel orgueil national, il y a peu d’apparence qu’il retourne de lui-même à l’ancien morcellement et déchire de ses mains cette unité dont il est si fier. En Italie, rien ne permet de présager un tel revirement. Chaque année qui passe affermit l’unité, les générations nouvelles ont déjà peine à concevoir un autre ordre de choses. Les hommes et les provinces vont