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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/865

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des ministères du roi Victor-Emmanuel n’avait pas seulement à faire la part de chaque groupe de la majorité, il lui fallait faire la part de chaque région, la part du nord et du sud au moins. De là naturellement une nouvelle complication dans un régime déjà compliqué. Chaque parti doit avoir à sa disposition des méridionaux aussi bien que des septentrionaux, et certains hommes politiques ont dû à cette nécessité une bonne part de leur fortune.

Il ne serait pas impossible de rencontrer quelque chose de plus ou moins analogue dans des pays unifiés depuis des siècles. En Espagne, par exemple, l’esprit régional n’est certainement pas moins fort qu’en Italie ; on s’en aperçoit assez à chaque révolution. En France même, l’on pourrait découvrir entre l’est et l’ouest, entré le nord et le sud, une sorte de dualisme latent, qui par bonheur ne s’étend pas d’ordinaire au-delà du domaine économique. Ce qui en Italie atténue les inconvéniens du régionalisme, c’est qu’à côté du groupement par régions, selon les relations personnelles et les intérêts locaux, il y a le groupement par partis, selon les convictions ou les passions politiques, et avec le temps ces dernières devront prendre le dessus, parce que entre les intérêts des diverses provinces il n’y a pas d’antagonisme forcé. La droite ou la gauche peuvent à tel moment l’emporter, celle-là dans le nord, celle-ci dans le midi, mais ni l’une ni l’autre n’ont nulle part une domination exclusive. Droite et gauche, libéraux et cléricaux, monarchistes et républicains, ont des partisans comme des adversaires, dans toutes les contrées de la péninsule. Il s’en faut donc beaucoup que les luttes de partis menacent de dégénérer en luttes de régions. Tant qu’il en sera ainsi, le régionalisme restera un embarras, une complication de surcroît pour la vie parlementaire, sans être réellement un péril pour la vie nationale.

A côté de cette difficulté de l’esprit local, les institutions parlementaires ont rencontré en Italie un avantage capital. Il y a dans les chambres italiennes deux grands partis également nationaux, également dévoués à la constitution, on pourrait dire également libéraux, une droite et une gauche, qui, par leur esprit comme par leur conduite, diffèrent l’une et l’autre de ce qu’on désigne sous ces noms en d’autres pays. Les réactionnaires, les partisans de l’ancien régime et des anciens princes, restent presque entièrement en dehors des luttes politiques, en dehors du parlement. Les révolutionnaires obstinés, les adversaires de la monarchie et de la constitution, n’y entrent qu’en fort petit nombre. Dans cet heureux parlement où les extrêmes sont en minorité, il y a bien des groupes, trop de groupes et trop de petites églises, mais jusqu’ici tous ces groupes se sont laissé ramener à deux partis auxquels le chef de