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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/841

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faire entendre avec l’applaudissement public… Il me reste encore assez de vie pour goûter, estimer et chérir les talens. » La réponse de La Harpe, désillusionné des principes révolutionnaires, est plus triste et plus découragée. Les honneurs littéraires sont désormais, dit-il, bien loin de sa pensée et de ses désirs, néanmoins il est sensible à la lettre dont il vient d’être honoré. Il attribue cette faveur au souvenir de ses anciens confrères de l’académie de Lyon et il ne l’accepte qu’à titre de vétérance. « Je suis dans un âge où les travaux passés sont du moins une dispense pour le présent. Mais si je ne suis plus à portée de coopérer aux efforts que vous faites pour la restauration des sciences et des lettres, je me ferai toujours un devoir et un plaisir de leur applaudir. La religion et les lettres ont été en tout temps la seule barrière contre la barbarie. » La rénovation de cette association académique rappelle à Ducis de tendres et touchans souvenirs. « La paix me donne l’espérance d’aller voir mes illustres confrères, qui regretteront sans doute avec moi de ne plus lire sur leur liste le nom si cher et si justement fameux de Thomas, mon tendre et fidèle ami, dont j’ai laissé les cendres à Oullins. Mais une idée me console ; ces cendres, si respectables au génie, à la vertu et au patriotisme, sont sous la garde de l’Athénée, c’est-à-dire dans le sanctuaire des sciences et de la liberté. » C’est encore, on le voit, le langage d’avant la révolution, après la révolution.

L’académie reprit deux ans plus tard son ancien nom. Sans vouloir faire l’histoire de cette académie du XIXe siècle, nous pouvons bien dire que, par l’illustration de quelques-uns de ses membres, comme par ses travaux et ses publications, par l’éclat des séances publiques, par ses concours et ses lauréats, elle peut rivaliser avec l’ancienne académie dont elle était la continuation. L’ancienne académie n’a pas eu de séances publiques plus mémorables que celles où assistaient tous les savans italiens de la consulte cisalpine, où Volta et Ampère lurent tous deux des mémoires et firent des expériences sur l’électricité, où Lalande fit part de ses travaux et de ses calculs en astronomie. Les prix et les concours du XIXe siècle n’ont pas été non plus sans quelque utilité et quelque éclat. Il y a aussi des noms devenus célèbres parmi les lauréats de cette période : citons ceux de Jacquard, de Millevoye, de De Gérando, de Moreau de Jonnès, de Léon Faucher. Pour laisser de côté les vivans, ou du moins pour n’y toucher qu’avec la plus grande discrétion, à tous les noms de l’académie du XVIIIe siècle l’académie nouvelle peut opposer ceux d’Ampère dans la science ; dans la médecine, ceux de Marc-Antoine Petit, l’auteur de la Médecine du cœur, de Bonnet, dont la statue est dans la cour de l’Hôtel-Dieu, et de bien d’autres encore, leurs