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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/831

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sur les monumens, les statues et dans les décorations des fêtes publiques afin, dit ce même décret, qu’elles soient faites avec le goût, la décence et la dignité convenables.

L’académie de Lyon, comme toutes les autres, comme l’Institut lui-même, doit conserver précieusement le nom et le souvenir des citoyens généreux qui, par amour des sciences et des lettres, furent ses bienfaiteurs. Les noms de Christin et de Pierre Adamoli, comme celui de Montyon, doivent demeurer attachés aux prix qu’ils ont fondés, aux bibliothèques publiques qu’ils ont ouvertes ou enrichies. Christin, inventeur du thermomètre à mercure, comme il paraît démontré, et secrétaire de la Société des beaux-arts, a légué pour un prix de physique une rente qui, à la réunion des deux sociétés en 1758, a passé à l’académie. Plus heureuse que bien d’autres académies, au moins pour cette fondation, l’académie de Lyon n’a pas perdu cette rente, grâce à l’héritier de Christin, M. le marquis de Ruolz, nom cher à l’académie, aux sciences et aux beaux-arts, qui après la révolution l’a généreusement reconstituée. Pierre Adamoli, conseiller du roi, avait légué une magnifique bibliothèque, que possède encore l’académie, avec une rente, qu’elle a perdue. De pareilles générosités, de la part de simples particuliers, étaient, à ce qu’il semble, moins rares autrefois qu’aujourd’hui, sinon à Paris, où elles deviennent de plus en plus nombreuses, au moins dans les académies de province qui en auraient aussi un grand besoin.

Cependant l’académie par ses travaux se rendait de plus en plus digne de ces faveurs. Elle rassemblait les matériaux d’une statistique complète de la province telle qu’une société savante seule peut la mener à bonne fin ; elle faisait son histoire, elle déchiffrait les inscriptions si abondantes tout autour d’elle ; enfin elle s’associait, elle présidait à toutes les expériences et à toutes les découvertes. C’est sous ses auspices, et avec son contrôle, que fut lancé sur la Saône le premier bateau à vapeur, construit par le marquis de Jouffroy. L’expérience n’échoua pas, mais elle réussit incomplètement ; le bateau ne put aller qu’à quelques lieues de Lyon, et on l’a vu pendant bien des années dans le port de Trévoux, jusqu’à ce que le temps l’eût complètement détruit. Une commission nommée par l’académie était sur ce bateau d’un nouveau genre, s’avançant sur les eaux sans la voile ni la rame, et qui portait dans ses flancs la force nouvelle destinée à produire de notre temps de si grandes merveilles. Pourquoi l’Académie des sciences n’a-t-elle pas accordé la même attention à Fulton quand, vingt ans plus tard, avec de nouveaux perfectionnemens, il refit la même expérience sur la Seine ?

Bientôt l’académie présidait à une expérience encore plus éclatante,