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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/82

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abordait à la Nouvelle-Zélande sans beaucoup s’inquiéter du pays. Vancouver se contenta de recueillir quelques détails topographiques sur la baie Dusky ; doublant le cap sud, il reconnut des îlots ou mieux des rochers qu’on n’avait point encore signalés [1]. Le lieutenant Broughton, qui commandait le second navire, perdit la trace du chef de l’expédition ; se rendant à Taïti pour le rejoindre, il découvrit à l’orient de la Nouvelle-Zélande une île intéressante. L’officier anglais déclara en prendre possession au nom du roi George III ; il l’appela l’île Chatam [2]. Tout d’abord les habitans ne firent pas mauvais accueil aux étrangers, mais bientôt ils se montrèrent hostiles ; on en vint aux mains, les visiteurs durent au plus vite se jeter dans leurs canots. Les Anglais ne cessaient de se préoccuper de la manière d’obtenir le fameux lin de la Nouvelle-Zélande. Pour en arriver à cette fin, le capitaine Hanson, qui venait de porter des vivres aux vaisseaux de Vancouver, imagina d’enlever près de Wangaroa, sur la côte de la baie des Iles, deux naturels qu’il conduisit à l’île Norfolk. La perfidie n’eut aucun succès ; mais les Néo-Zélandais, convenablement traités par le gouverneur King, fournirent aux Européens des renseignemens sur leur pays. On ne tarda point à les reconduire sur le rivage où ils avaient été pris. Le contre-amiral d’Entrecasteaux, envoyé en 1791 à la recherche de La Pérouse, d’après la demande expressément formulée par l’assemblée nationale, côtoya sur une certaine étendue la partie nord de Te-Ika-a-Mawi au mois de mars de l’année 1793 ; le marin français n’en tira aucun avantage particulier soit pour la géographie, soit pour la science. Pour un temps, ce ne sont plus les grands voyages de circumnavigation qui nous instruiront sur les terres australes. A partir de la fin du XVIIIe siècle, les relations des Européens avec la Nouvelle-Zélande deviennent presque continuelles ; baleiniers et pêcheurs de phoques affluent chaque année plus nombreux sur les rivages où la chasse et la pêche donnaient de gros profits. Bientôt arrivent les missionnaires évangéliques, qui peu à peu s’implantent sur le sol. La lutte s’engage sourde ou violente entre des envahisseurs et des peuplades primitives ; nous en suivrons les péripéties.


EMILE BLANCHARD.

  1. Les Trapps et les Snares au-delà du 48e degré de latitude.
  2. Située par 43° 40’ de latitude australe.