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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/789

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Tels sont, suivant M. Röth, les traits essentiels de la métaphysique égyptienne. Nous omettons ici l’exposé très étendu qu’il nous donne de la mythologie du même peuple, et nous nous contentons de signaler un dernier trait relatif à la destinée humaine. Un des points essentiels de la religion et de la philosophie en Égypte, c’est la doctrine de l’immortalité de l’âme et de la persistance après la mort. M. Röth affirme qu’on y trouve aussi le dogme de la préexistence et celui de la métempsycose.

Au système égyptien, M. Röth oppose le système zoroastrique, qu’il appelle bactrien. On croit généralement, dit-il, que le système de Zoroastre est un pur dualisme. Il n en est rien. Les deux principes du bien et du mal, Ormuz et Ahriman, ont eux-mêmes un principe commun et supérieur, Zervana-Akarana, le Non-Crée (on traduit d’ordinaire : le temps sans bornes), qui contient tout [1]. De là procédaient, suivant les uns, le bon et le mauvais dieu, suivant les autres, la nuit et la lumière : ces deux nouveaux principes créaient tout le reste et devenaient les deux tiges de deux séries de créations, les unes bonnes, les autres mauvaises. Selon M. Röth, les créations primitives, avant même Ormuz et Ahriman, seraient la nuit et la lumière, l’eau et le feu. Quant à la production du monde, elle n’est plus, comme dans le système égyptien, une émanation : c’est une création véritable, une création ex nihilo ; ce serait même là, suivant lui, qu’il faudrait chercher l’origine de cette doctrine. Maintenant comment se fait cette création ? Par la parole. La parole n’est pas ici prise au figuré : c’est une essence véritable, une substance spirituelle et divine, c’est l’honover. C’est par la parole que l’espace crée les quatre matières primitives, la lumière et la huit, le feu et l’eau : c’est par la même parole qu’il crée l’armée des génies et des esprits, les feruers, qui sont de véritables divinités anthropomorphiques, conçues à l’image de l’homme, et dont les plus hautes sont Ormuz et Ahriman, chefs de deux classes d’esprits, les esprits des lumières et les esprits des ténèbres. Au commencement, tous ces génies étaient bons comme venant de la divinité ; mais Ahriman a été envieux d’Ormuz, et par là il s’est corrompu ainsi que tous les siens. Le mal a donc pris naissance dans la volonté d’Ahriman. Les dieux qui sont du côté d’Ormuz sont les Amschaspans, ceux du côté d’Ahriman sont les Dews. Là finit la première création ; la seconde est la création du monde sensible. Ici l’on voit la grande différence du génie égyptien et du génie perse. Dans le premier, il y a une tentative d’explication scientifique de la nature, dans le second, une simple conception poétique, une création ex nihilo qui n’explique rien.

  1. Suivant un texte d’Eudème, disciple d’Aristote, qui avait écrit sur la doctrine des Mages, le premier principe était pour les Perses ou le temps infini ou l’espace infini.