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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/780

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III

Il faut d’abord bien poser la question, et commencer par une observation trop souvent négligée dans ce débat. Si l’on veut dire que la race grecque tenait elle-même son origine de l’Orient, que sa langue et sa mythologie sont orientales, et que par conséquent sa philosophie, sortie de la mythologie grecque et du génie grec, se rattache par là indirectement et immédiatement à une source orientale, il n’y a pas de débat, car c’est ce que personne ne conteste ; mais la gestion est tout autre ; la race grecque et la civilisation grecque étaient depuis longtemps une race et une civilisation distinctes et indépendantes, lorsque la philosophie a pris naissance ; or la question est de savoir si, à ce moment-là, la philosophie a trouvé en Grèce même, dans le génie propre de la Grèce, tel que le temps l’avait fait, son principe original, ou si au contraire elle s’est formée d’une manière artificielle, par emprunt et par importation du dehors ; et, dans ce cas, d’où viendraient ces importations ? C’est dans ces termes que la question doit être posée, et c’est à la question ainsi posée que nous répondons avec M. Ed. Zeller que la philosophie grecque est autochthone.

Examinons d’abord rapidement la plus ancienne de ces hypothèses, depuis longtemps abandonnée par la critique sérieuse, mais qui subsiste encore dans les écoles théologiques : à savoir l’hypothèse de l’origine hébraïque. Le premier point sur lequel s’appuyaient les pères de l’église pour étayer cette hypothèse, c’était l’antériorité manifeste des livres juifs sur les livres des philosophes grecs. Un second point non moins nécessaire à établir, c’est que les Grecs ont connu les Juifs. Eusèbe citait à cet égard un bon nombre de témoignages. Puis venaient un certain nombre d’assertions historiques plus ou moins suspectes : d’abord, qu’il y avait eu une traduction grecque des livres saints avant celle des Septante ; en second lieu, qu’il y avait eu une émigration juive en Égypte lors de la conquête des Perses ; enfin on invoquait les analogies de doctrines. Huet, dans la Demonstratio evangelica, se livrait à ce sujet aux interprétations les plus fantastiques. Suivant lui, le Phénicien Sanchoniathon avait reçu sa doctrine de Gédéon et l’avait transmise aux Grecs. Le dieu égyptien Teuth, qui, selon Platon, aurait inventé l’écriture, ne serait autre que Moïse. Phérécyde, dit-on, a puisé sa doctrine dans des volumes secrets : ce sont évidemment les livres de Moïse. Mochus, écrivain phénicien, auquel on attribue l’invention de la doctrine des atomes, c’est encore Moïse. Enfin, le croirait-on ? pour Huet, Moïse est à la fois Adonis, Osiris, Apis, Sérapis, Zoroastre, Pan, Esculape, Prométhée, etc. ; enfin tous les dieux, tous