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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/777

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commune dans le sanscrit, ou plutôt, comme on le sut plus tard, dans une langue mère plus ancienne, antérieure au sanscrit même. De là cette conséquence, que les races européennes, et d’abord la race grecque, viennent de l’Asie et ont la même origine que la race indienne. Plus tard la mythologie comparée, venant à l’appui de la philologie, découvrit également des analogies profondes entre les divinités grecques et les divinités de l’Inde, et l’on fut amené à penser que la mythologie de la Grèce vient, en partie du moins, de la mythologie indienne.

Ce grand mouvement d’études devait avoir son influence sur la philosophie. Colebrooke exposait le premier, dans ses immortels Essais, les six grandes écoles philosophiques de l’Inde, et faisait déjà remarquer les analogies de ces systèmes avec ceux de la Grèce. Fr. Schlegel, dans son Essai sur la langue et la littérature indiennes, exagérait encore ces rapprochemens, et remplaçait la thèse ancienne et discréditée des Juifs d’Alexandrie par la doctrine rajeunie de l’origine indienne de la philosophie grecque. M. G. Paulhier, en France, le traducteur de Colebrooke, soutenait la même opinion.

Mais l’Inde est bien loin de la Grèce ; les rapports historiques des deux pays sont bien postérieurs aux premiers âges philosophiques de la Grèce. Les analogies des systèmes, considérées d’un peu près, s’effacent ou semblent pouvoir s’expliquer par les analogies naturelles de l’esprit humain. L’hypothèse alexandrine paraissait donc encore une fois battue ; mais on était loin d’avoir tout épuisé, et même, il faut le dire, on ne s’était pas encore précisément attaché aux sources les plus indiquées par la tradition antique, la tradition grecque elle-même. L’origine judaïque de la philosophie grecque est évidemment une hypothèse juive et chrétienne, à peine appuyée sur quelques textes de l’antiquité païenne. L’hypothèse de l’origine indienne est une hypothèse de savans et d’érudits séduits par la découverte d’un nouveau monde, et qui veulent y retrouver toutes les richesses de l’univers ; mais ce n’est que très tard, et dans les écrivains les moins autorisés, que la critique grecque a fait allusion à l’Inde et à son influence. Au contraire, il est deux pays qui ont été évidemment en contact plus ou moins immédiat avec la Grèce, deux pays où les traditions font voyager tous les sages, et où une tradition universelle place l’origine de toutes les sciences. Ces deux pays sont d’une part l’Égypte, de l’autre l’Assyrie, appelée aussi Chaldée, et qui depuis la conquête de Cyrus s’est confondue avec l’empire perse. L’Égypte, par la Phénicie, fut constamment en communication avec la Grèce, et depuis Psammitichus elle lui fut ouverte. L’Assyrie, par l’intermédiaire de l’Asie-Mineure, de la Phrygie, la Carie, la Mysie, la Lydie, l’Ionie, fut également en commerce avec la Grèce.