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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/776

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deux esprits, des deux pensées, est l’école juive d’Alexandrie, l’école d’Aristobule, de Philon le Juif, peut-être de Numénius, école à laquelle appartiendrait, suivant certains critiques, le livre de la Sagesse attribué à Salomon. C’est dans cette école, dans les écrits d’Aristobule et de Philon, que l’on trouve les premières traces de l’hypothèse qui fait venir de l’Orient, et particulièrement de la Judée, la philosophie grecque. de l’école juive, cette doctrine passa à l’ecole chrétienne d’Alexandrie, celle de Clément et d’Origène : celle-ci soutenait aussi l’origine hébraïque et judaïque de la philosophie grecque. Enfin l’école néo-platonicienne d’Alexandrie, l’école d’Ammonius Saccas, de Plotin, de Porphyre, de Jamblique, de Philostrate, fut également favorable à l’hypothèse d’une origine orientale : seulement ce n’était pas la Judée seule, c’était l’Égypte, c’était l’Assyrie, la Perse, l’Inde même que les philosophes grecs, dans leurs nombreux voyages, auraient mises à contribution. Il y a donc eu deux systèmes à Alexandrie même sur l’influence de l’Orient en philosophie : le système judéo-chrétien, qui fait de la Bible la source primitive, et le système alexandrin, qui se rattache à l’Orient en général, sans en excepter la Judée, mais sans lui faire une place particulière et privilégiée.

Le premier système règne en général parmi les pères de l’église, dans Eusèbe par exemple, où il est amplement exposé, et il demeure dans la critique jusque vers les temps modernes. Cudworth, dans son Système intellectuel, lui fait encore une très grande part. Huet, dans sa Démonstration évangélique, le défend avec une immense érudition, mais avec aussi peu de bon sens que peu de critique. C’était le temps où l’on voulait ramener toutes les langues à l’hébreu et tous les dogmes à la Bible. La philologie fut forcée d’abandonner le premier système ; la critique philosophique dut bientôt également abandonner le second. Dès lors on vit, dans la plupart des grands ouvrages consacrés à l’histoire de la philosophie, dans Brucker, dans Tennemann, dans Ritter, dans Brandis, prévaloir la doctrine de la spontanéité de la philosophie grecque.

Mais un nouvel ordre de faits amena un nouveau courant d’idées. Ce fut la découverte de la langue sanscrite : le mot découverte n’est pas trop fort. On n’ignorait pas, avant la conquête de l’Inde par les Anglais, l’existence d’une ancienne langue classique, parlée autrefois dans l’Inde, qui était la langue sacrée des pandits du des brahmanes. Mais on ne connaissait pas cette langue ; on ne connaissait aucun des ouvrages qu’elle avait inspirés. Ce fut donc un monde nouveau lorsqu’on trouva ces livres si antiques et que l’on apprit à les lire. Or l’étude du sanscrit révéla un fait de la plus haute importance, à savoir la parenté de toutes les langues de l’Europe, des langues du nord et des langues du midi, et leur origine