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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/702

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Cautionnement [1] et de ce fameux matériel de 250,000 francs qui devaient être payés comptant et pour le rachat duquel un délai de sept ans est accordé par grâce unique et spéciale ! Ceci ne s’appelle pas simplement de la bienveillance ; tant de largesse et de magnificence obligent, et le directeur se montrerait au-dessous de sa tâche, au-dessous de ce que l’état et l’opinion attendent de lui, si, pour répondre à l’excès de générosité dont on l’accable, il n’inventait d’autre moyen que de remettre à la scène la Psyché de M. Thomas, une vieillerie tombée il y a vingt ans et qu’on galvaniserait pour la circonstance à grands frais de décors, de costumes et de chanteurs nouveaux ; et, puisque nous parlons des libéralités de la chambre, venons-en tout de suite à ces 200,000 francs destinés au Théâtre-Lyrique et maintenus au budget, Quoique le théâtre n’existe plus, « pour être mis à la disposition du ministre pour encourager les compositeurs nouveaux. » Ainsi s’exprime le rapporteur de la commission. L’intention en soi n’a rien que d’excellent ; le difficile est d’arriver à la mettre en pratique.

Les grandes périodes viennent un peu comme le beau temps, sans pouvoir jamais être organisées d’avance ni précisées. L’art véritable, l’art sacré, ne procède que de l’amour du beau, de cette aspiration qui nous porte à chercher à reproduire dans l’infiniment petit de notre œuvre humaine cette splendeur, cette harmonie, qui éclatent dans la création ; encourager les lettres et les arts, susciter des hommes de génie, noble tâche, mais bien chimérique et que tout gouvernement doit poursuivre, même alors qu’il n’a point d’illusion à se faire sur le résultat. Ces quelques milliers de francs qu’on donne à distribuer à une académie, à un ministre, y peuvent-ils, hélas ! quelque chose ? L’artiste convaincu, appelé, n’a point de ces préoccupations de lauréat, il crée pour l’amour de Dieu, comme on disait jadis ; Sébastien Bach avait pour cachet et signature trois lettres mystiques qui se retrouvent au frontispice et à chaque page de ses manuscrits : S. D. G., soli Deo gloria ! Mais où m’égaré-je à parler de Sébastien Bach, un bonhomme qui portait perruque ; rentrons vite dans la discussion et le train du jour. Voilà donc une somme de 200,000 francs accordée au ministre. J’admets qu’il existe quelque part un de ces chefs-d’œuvre dont l’apparition est un coup d’éclat, mieux encore un de ces coups de tonnerre qui changent l’atmosphère musicale d’un siècle ; si par impossible ce chef-d’œuvre existe, est-ce à le découvrir dans l’ombre où il se cache, à le traîner vers la lumière du théâtre de l’Opéra que ces fonds seront

  1. Le cautionnement de 80,000 francs exigé pour la subvention de 240,000, portée aujourd’hui au chiffre énorme de 360,000 francs, — ce cautionnement, par le fait, n’existe plus. On l’aurait donc supprimé d’un trait de plume, en dehors de tous les règlemens ? Et notez que cette somme de 80,000 francs, insaisissable, était là pour servir avant tout de garantie aux appointemens du personnel.